Le Rudhyar Tribute


Ayant fermé son site consacré à Dane Rudhyar et sa philosophie, Adèle m'a confié la sauvegarde de son travail que vous retrouvez donc ici.

Traductions par Adèle de textes consacrés à Rudhyar

L'homme semence   Prénitude d'être  Contribution de Joyce Hoen  Contribution de Michael Meyer  Contribution de Jeff Jawer

Contribution de Roeland M. de Loof  Contribution de Samuel Djian  Contribution de Patana Usuni  Contribution d'Alexander Ruperti

Contribution d'Ann Kreilkamp  Contribution de Helene Koppejan-van Woelderen  Epilogue de Tees REITSMA





1. L'homme semence

Dans les derniers moments de sa vie, Dane Rudhyar, au cours d'une conférence au R.I.T.A. (le Rudhyar Institute for Transpersonal Astrology qu'il avait fondé) a évoqué le futur de l'humanité. Un futur "global". Depuis longtemps, il avait eu l'intuition que la globalisation était inévitable certes, mais surtout nécessaire, à cause de tout un tas de raisons, dont l'accélération des communications, la possibilité de faire le tour du monde en quelques heures, grâce à l'évolution des transports, les migrations de population aussi, et aussi bien sûr parce que si nous souhaitons - entre autres - entreprendre des actions pour préserver notre écosystème, et rendre hommage à la Terre Mère, il allait falloir nous y mettre tous ensemble.

Bien que connaissant parfaitement les dérives possibles de la globalisation en termes économiques, politiques et sociaux - prise de pouvoir par certains peuples au détriment d'autres appellés à disparaître ou à se fondre dans la masse - et en termes culturels ou religieux, etc ... à cause de cela justement, Rudhyar a toujours plaidé pour l'individuel, le respect des peuples et des cultures, parce qu'il voyait toutes ces parties qui composent notre monde comme des particules conscientes et agissantes, reliées à toutes les autres particules du grand Tout, permettant à chacune d'entre elles de s'enrichir mutuellement et d'agir ensemble.

Dans cette conférence, Rudhyar transmet à ses auditeurs son héritage philosophique, dont le principal est le concept d'homme semence.

Ce texte se trouve en ligne dans un site d'astrologie hollandais en introduction d'un merveilleux "Rudhyar Tribute", à cette adresse :
http://www.astrologie.ws/rudh01.htm


I feel we are at the threshold of a new age and that we need now, more than anything else, a new approch to human relationships and to social organisation. We need a planetary approch, wee need a synthetic approch. We need something in which the individual learns his own function in the world, because if we are to have a global world, the individual learns his own fucntion in the world, because if your are to have a global world, the individual has to be established in his own identity that can afford to cooperate with other people all over the world, independant of their culture, their race, their tradition and so on.

Je sens que nous sommes au seuil d'un nouvel âge, et que ce dont nous avons besoin maintenant, bien plus que de
quoique ce soit d'autre, c'est d'une nouvelle approche des relations humaines et de l'organisation sociale. Nous avons besoin d'une approche planétaire, il nous faut une approche synthétique. Nous avons besoin de quelque chose qui permette à l'individu de comprendre quelle est sa fonction propre dans le monde, parce que si nous devons vivre dans un monde globalisé, il faut alors que chaque individu se soit construit une identité solide qui lui donne les moyens de coopérer avec tous les hommes de par le monde, indépendamment de leur culture, de leur race, de leurs traditions, etc ...


I
t is very important therefore, that one should learn how to establish oneself in one's own identity. We need a new type of human being. We need something which is based no longer so much on conflict, but on a full acceptance of the total human being, body, mind, soul, feelings, everything. An esthetic approach versus an ethical approach, so that you can see the relationship in which everything stands inside the whole, so you can look at the whole and become identified with the "wholeness" of that whole, rather than with any particular part.

Pour ce faire, il est donc très important que chacun apprenne comment il peut s'établir solidement dans son identité propre. Nous avons besoin d'un nouveau type d'êtres humains. Nous avons besoin de quelque chose qui ne soit plus autant basé sur la notion de conflit, mais plutôt sur l'acceptation pleine et entière de la totalité de l'être humain, corps, esprit, âme, sentiments, tout. Une approche esthétique en contrepartie d'une approche éthique, de façon à être capable de voir comment tout est en relation à l'intérieur du tout, voir ce qu'est le tout, et s'identifier avec la "totalité" de ce tout, plutôt qu'avec une quelconque de ses parties.


Now this is, of course, a very difficult situation. We are certainly in a difficult time and what is ahead of us today, I dont know. I am rather pessimistic as far as the immediate future is concernad, considering the way the world is moving at the present time. But you must realize that crises are sometimes necessary to accomplish what is to be accomplished. The only problem, however, is this : something must be ready before the great crisis comes - when the new cycle begins - for it will have to begin on the foundation of thoses seeds which have been sown before the crisis. If you have a winter followed by a spring, but there was no harvest in the fall, no seed will germinate during the spring and you will have to start at the very beginning, into the most primitive time of manifestation.

Actuellement, bien sûr, nous sommes dans une situation assez difficile. Nous vivons des temps difficiles et ce qui est devant nous, je ne le sais pas vraiment. Je suis plutôt pessimiste en ce qui concerne le futur immédiat, quand je vois la façon dont le monde avance à l'heure actuelle. Mais il faut bien réaliser que les crises sont parfois nécessaires pour accomplir ce qui doit l'être. Le seul problème toutefois est le suivant : il faut s'être préparé avant que la grande crise arrive - quand un nouveau cycle commence - pour pouvoir partir sur la base des semences qui ont été semées avant la crise. Si à un hiver succède un printemps, mais qu'il n'y a pas eu de récolte, aucune semence ne germera au printemps, et il faudra tout reprendre au début, à l'époque des manifestations les plus primitives.


This is why I have stressed so much all my life the idea I call: the "seed man". The man who is willing and able to gather whithin himself, as it were, the past of humanity and particularly of our wester world of course, but also other cultures, becaus what we want to emerge from the future - after whatever crisis will come - is a global world.

C'est pourquoi j'ai insisté tout au cours de ma vie sur l'idée que j'appelle "homme semence".
C'est l'homme qui veut et peut réunir en lui, tel quel, le passé de l'humanité et particulièrement celui du monde occidental, ainsi que celui des autres cultures, parce que ce que nous désirons voir émerger du futur - quelque soit le genre de crise qui advienne - c'est un monde global.


We therefore need men of great vision, men who are not specialists (generalists as they are sometimes called today), men who have the vision and courage to wait and to, in someway, through their lives, through their example and through whatever they leave after their death, become the seeds of the future world. That is of course the great choice we all have to make and we all can make it. We can follow the masse vibration and decay, like all the leaves of the world in the fall (however beautiful the golden leavex may be), they will have to decay and become mature for the future of the civilization. But it is only the "seedmen" that really count, and it is those you should look for if you yourself, do not feel yet to the point of being ready to become a "seed person", because it is that only which is the insurance of the future rebirth of the humanity.

Pour ce faire, il faut donc des hommes qui aient une grande vision, des hommes qui ne soient pas des spécialistes (des généralistes comme on les appelle parfois maintenant) des hommes qui aient une vision et le courage d'attendre et qui d'une certaine façon, par leur vie et leur exemple, par tout ce qu'ils laisseront derrière eux en partage après leur mort, deviendront les semences du monde futur. C'est bien sûr le grand choix qu'il nous est proposé à tous de faire, et nous en sommes tous capables. Nous pouvons nous laisser aller à la vibration de masse et au déclin (pourrissement), comme toutes les feuilles du monde lorsqu'elles tombent à l'automne (aussi belles que ces feuilles dorées puissent être) mais elles devront pourrir de toutes façons, et devenir le terreau du futur de la civilisation ; mais il n'y a que l' "homme semence" qui compte vraiment, et c'est celui-là vers lequel il faut aller, qu'il faut rechercher, si vous-même ne vous sentez pas encore au point pour en devenir un, car c'est la "personne semence" qui seule peut assurer la future renaissance de l'humanité.


I think today it is of no use to try to look to the immediate future, because it looks very dark ; but it is to look - to prepare - for the possibility that a new world may arise, if not tomorrow, the day afert tomorrow. I think it is the only thing which vies value to all our sacrifice, all our courage, decisions ans choices today : it is to become seeds for the development of the future world.

Je crois qu'aujourd'hui il est inutile d'essayer de se pencher sur le futur immédiat, parce qu'il
est très sombre ; mais il faut regarder - pour s'y préparer - la possibilité qu'un monde nouveau puisse avenir, si ce n'est demain, en tout cas après-demain. Je crois que c'est la seule chose qui puisse donner de la valeur à tous nos sacrifices, à notre courage, à nos décisions et à nos choix d'aujourd'hui : devenir des semences pour le développement du monde futur.


So I hope every one of you, each one in his own life, in his own way, can some day soon, very soon - if you have not done it already - make the choice and become "seed men" and "seed women".
I thank you.

J'espère que chacun d'entre vous, dans sa propre vie, et à sa propre façon, peut un jour prochain, très bientôt - si vous ne l'avez pas encore fait - faire ce choix et devenir "homme semence" et "femme semence".


Je vous remercie.

Dane Rudhyar




2. Plénitude d'être

Je viens avec le plus grand plaisir d'obtenir de Joyce Hoen, du site http://www.astrolgie.ws et astrologue hollandaise, l'autorisation de traduire tout le "Rudhyar Tribute" qui fut à l'initiative de Tees Reitsma, astrologue hollandaise elle aussi, à l'occasion du centenaire de Rudhyar et qui réunit des astrologues américains, anglais, hollandais et suisse (Ruperti).

Je me suis donc mise aux traductions avec la plus grande joie, et pour commencer ces retranscriptions, voici un petit texte de Rudhyar qui se trouve au tout début du "Rudhyar Tribute" en guise d'introduction :


"Plenitude of being,
"Plénitude d'être,
 

the infinite and boundless Potentiality of existence
la Potentialité infinie et sans bornes de l'existence
 

and the Presence of ONE are latent in every man
ainsi que la Présence de l'UN, sont latentes en chaque homme
 

and every individual can become an agent for the Divine Power
et tout individu peut devenir un agent de la Divine Puissance
 

which vibrates at the core of the Earth
qui vibre dans le noyau de la Terre
 

and in the heart of every human being."
et dans le coeur de tout être humain."


3. Rudhyar tribute - contribution de Joyce Hoen

Joyce Hoen est hollandaise - c'est elle qui gère le site astrologie.ws dans lequel se trouve le Rudhyar Tribute commandé à l'occasion du centenaire de Rudhyar, et qui réunit autour de cet hommage des astrologues hollandais, américains, anglais et suisse (Ruperti).
Cet hommage est à l'initiative de Tees Reitsma, astrologue hollandaise elle aussi, qui est partie l'année dernière, et qui manque beaucoup à Joce Hoen ... laquelle m'a donné les autorisations de traduction de cet hommage car Tees Reitma souhaitait qu'il soit diffusé dans le monde entier.
J'ai donc le plus grand plaisir à participer à cette diffusion pour la France.


RUDHYAR ET LA SIGNIFICATION DE SON ASTROLOGIE


Un visionnaire inspiré, de même qu'un artiste inspiré, peut être perçu de milliers de façons par son auditoire. Il arrive aussi que le créateur d'une oeuvre d'art en reçoive un retour qui l'étonne, car un sens a été donné à son travail qu'il n'avait pas du tout l'intention d'y mettre. Ce qui d'ailleurs, ressemble d'assez près à ce qu'un astrologue peut recevoir comme retour après l'analyse d'un thème. En tant que récipiendaires de l'héritage de Rudhyar, ce que nous recevons de son oeuvre est en grande partie - si ce n'est complètement - subjectif, même si au niveau le plus profond de tout un chacun, la subjectivité cohabite à part égale avec l'objectivité. Et puis il y a aussi que Rudhyar savait parfaitement que ce qu'il pensait transmettre à ses lecteurs était rarement entendu pour ce qu'il avait pensé.

Dans "Triptyque Astrologique", il signale dans son prologue (ndlt : dans la version américaine uniquement) avoir reçu énormément de lettres de félicitations, riches de commentaires enthousiastes, écrites pour la plupart par des gens assez jeunes. "
Néanmoins", continue-t-il, "je me suis demandé jusqu'où mes lecteurs si enthousiastes et manifestement remués par la lecture de mes livres, avaient été dans la compréhension de ce que je tente de formuler. Je me suis demandé s'ils ne réagissaient pas plutôt au style de présentation inspiré que j'emploie pour écrire mes livres, ce qui voudrait dire que j'aurais échoué à les accrocher sur le sujet de mes livres, et donc à répondre à leur besoin et à leur potientiel de transformation immenses, dans leur vie quotidienne, ainsi qu'à la qualité de leurs expériences individuelles et de leurs relations interpersonnelles. Ceci est bien sûr le danger que court toute présentation symbolique et poétique d'une pensée et d'images lourdes de significations pour qui est sur la voie de la transformation. C'est surtout ce genre de présentation qui éveille une grande chaleur de sentiments, qui d'une certaine façon ouvre des fenêtres psychiques pour permettre de respirer un air spirituel. Un air qu'il fait bon respirer."

Ce qui est particulièrement intéressant pour les lecteurs de cet hommage à Rudhyar écrit à l'occasion de son centenaire, et de ma contribution en particulier, c'est qu'elle est écrite par quelqu'un qui a longuement étudié et pratiqué l'astrologie européenne : l'anglaise, la hollandaise, l'allemande, sans jamais avoir été influencé par l'astrologie de Dane Rudhyar, et qui donc à cause de cela, peut ressentir la différence fondamentale d'approche entre les astrologues américains qui apportent leur contribution à cet hommage, et celle des astrologues nord européens. Il y a un monde de différences, ou en tout cas aujourd'hui, on peut dire qu'il y avait un monde de différences entre ces deux approches, et il est vrai que depuis que j'ai appris à me familiariser un peu plus avec la forme de pensée de Dane Rydhyar relative aux cycles, j'ai compris à quel point il avait influencé le monde astrologique américain, et si peu le monde astrologique européen qui a encore du mal et certaines réticences, à se familiariser avec son approche.

Cependant, une des différences les plus marquées entre l'approche européenne (mettons telle qu'elle a évolué depuis 1988) plus classique, plus structurée (mécanique) et l'approche cyclique et holistique - qui peut d'ailleurs aussi parfois aller jusqu'à se permettre d'utiliser le mot holisme en le réduisant à ce seul terme et donc en le vidant de son sens, ce qui donne une approche pratiquement déstructurée de la part de certains astrologues en Amérique ... tout le monde a ses dérives de chaque côté de l'Atlantique - cette différence est donc la façon dont chacun réagit au travail de Rudhyar. En Hollande, par exemple, il est assez rare de trouver des réactions positives à Rudhyar, qui seraient spontanément inspirées par une vraie chaleur de sentiment. C'est certainement une des grandes qualités des américains que d'être naturellement ouverts à tout ce qui est de l'ordre du sentiment et du sensible. En Hollande pratiquement personne ne comprend l'oeuvre de Rudhyar, les gens se plaignent d'une difficulté qu'ils auraient à le lire, et je crains que notre nation soit en général trop honnête pour ne pas dire ce qu'elle en pense.

Néanmoins, le résultat net de ces deux types de réactions est finalement identique. Les réactions positives issues d'une attitude ouverte envers le niveau sensible d'une part, et les réactions négatives issus d'une attitude fermée envers tout ce qui peut être sensible ou de l'ordre du sentiment, montrent toutes deux un manque complet d'appréciation envers la nature réelle de l'oeuvre de Rudhyar. Ceci étant dit, et bien que mon approche de Rudhyar soit un peu hors des sentiers battus et surtout trop subjective, je vous la livre.

Aux premières heures du 6 août 1988, j'étais dans un état d'esprit particulier, certainement à cause d'un été très humide et très chaud qui influençait tout le monde, et j'ai ouvert un livre de Rudhyar qui venait de m'être envoyé par un ami "Astrological insights into the spiritual life". J'ai ouvert le livre au hasard, quelque part au milieu, j'ai lu une phrase, et par la grâce de Dieu, j'ai compris tout à coup tout le contenu de l'oeuvre de Rudhyar. En une seconde, j'ai compris tous ses livres, que d'ailleurs je n'avais jamais lus et que je ne lirai pas avant quelques années.

"Comprendre" dans l'état d'esprit particulier dans lequel je me trouvais à ce moment-là, est bien sûr complètement différent d'une approche rationnelle et d'une analyse phrase par phrase, puis d'une application immédiate dans la pratique quotidienne d'une vie, pour arriver ensuite à une conclusion. Comprendre l'oeuvre de Rudhyar de la façon dont ça m'est arrivé - comme elle m'a traversée pour être plus précise - fut une expérience spirituelle en soi. Cependant, ce moment de compréhension m'a fait pénétrer dans les profondeurs de la nature de l'astrologie, et m'a donné une perspicacité en la matière qui me manquait complètement jusque-là. J'avais déjà entendu dire de la part d'astrologues qui se référaient à Rudhyar, qu'il était une des rares personnes qui avaient vraiment compris l'astrologie. Et aujourd'hui, au niveau où j'en suis de mon propre développement, je me rends compte que je regrette d'avoir à dire que je suis maintenant d'accord avec eux et de ne pas les avoir entendus plus tôt. Il est devenu évident pour moi que le but de Rudhyar n'était pas seulement la reformulation de l'astrologie telle qu'elle était connue à l'époque, mais que cette reformulation servait un but plus élevé. L'importance de son oeuvre repose principalement là où personne ne l'attendait, c'est à dire là où elle "sert" les astrologues qui, sans aide ou sans "guru" ne peuvent traverser un processus d'illumination ou de transformation. Il est vrai que c'est comme ça se passe en Occident depuis des milliers d'années, où les astrologues n'ont longtemps trouvé personne qui puisse jouer ce rôle de guidance éclairée, personne pour leur donner les instructions que pourraient leur donner un guru. Les gurus sont une spécificité de l'Orient et il est vrai que maintenant que nous entrons dans l'Ere du Verseau, leur enseignement devient difficilement appliquable en Occident.

Si, lorsque nous entrons dans un processus de transformation et d'illumination, et qu'il se trouve que nous soyons des astrologues habitués à utiliser les symboles, alors le temps est venu pour nous de rencontrer l'oeuvre de Rudhyar. Je crois que l'oeuvre écrite de Rudhyar est sensée être un guide d'instructions impersonnelles (ou transpersonnelles) pour ceux qui "vont sur le Chemin" sur la route du symbolisme astrologique - un chemin où il est difficile de faire la différence entre illumination et folie, alors qu'elles se rencontrent au point le plus élevé. C'est là qu'une aide sublime est nécessaire, que peu de personnes sont susciptilbes d'apporter, parce qu'aussi, peu de personnes ont conscience d'avoir besoin d'aide (bien que cela évolue un peu depuis la conjonction Uranus-Neptune). Cette aide dont on peut avoir besoin à ce moment-là se trouve dans l'oeuvre de Rudhyar, en tout cas c'est ainsi que je le perçois, puisque je ne crois pas que la vie puisse aller plus loin, avoir plus de valeur, que ce propose Rudhyar dans sa proposition d'une Boddhisattva idéale.

Je crois aussi que c'est pour cette raison précisément, que l'oeuvre de Rudhyar ne sera jamais vraiment complètement comprise par les astrologues, avant qu'ils arrivent personnellement à un point de non retour et qu'ils reconnaissent avoir besoin tout à coup d'une aide, alors qu'ils n'avaient jamais imaginé en avoir besoin. C'est à ce moment-là seulement que son oeuvre se révèle à eux. Evidemment, le fait que seulement peu d'individus au moment du couronnement de leur évolution sur Terre, puissent réellement profiter de la vision de Rudhyar, voudrait dire que peut-être il n'est même pas nécessaire de publier cet hommage à Rudhyar. Alors pour être sûr que les individus qui éprouvent ce besoin puissent avoir accès à l'oeuvre de Rudhyar, le cosmos a certainement fourni les moyens pour qu'elle puisse être publiée en réponse à ce besoin de quelques individus, ce qui fait que la plus belle conséquence en a été que tout le monde astrologique en a été transformé dans le même temps. Ce qui fait que non seulement quelques personnes, mais une majorité d'individus peut profiter de la Lumière qui fut à l'origine d'une seule Source et qui descend en cercles de plus en plus larges d'activité et de conscience, pour atteindre jusqu'au dernier petit reflet à l'intérieur du plus grand cercle d'existence de par le monde.

Le Chemin de l'astrologie est un chemin sacré. Cette voie de réalisation a été en grande partie perdue dans un monde où les statistiques et les perceptions physiques dirigent nos cultures. La conjonction Unranus-Neptune de 1993 a marqué la nécessité de changer cette dictature matérielle en son exact opposé, parce que le cycle de dictature matérielle avait atteint son apogée et pour cette raison, elle devait prendre une orientation nouvelle. C'est ainsi qu'à partir de là, l'astrologie a commencé, lentement mais sûrement, à revenir à son orientation originelle et à tout faire pour retrouver son héritage spirituel.

Bien entendu, cette orientation de l'astrologie n'a pas grand chose à voir avec les pratiques commerciales horoscopiques de conseil, ou à un décodage psychologique qui relatent surtout nos "patterns" de conditionnement. Revenir à l'héritage spirituel de l'astrologie veut dire aller au-delà de l'analyse de nos conditionnements, redécouvrir et réaliser le SOI et la réalité cosmique. Et Rudhyar voyait justement cela advenir au moment de la fin de ce fameux cycle Uranus-Neptune. C'est en comprenant ce que ce fameux cycle impliquait qu'il a transmis sa notion de cycles et donné un nouveau cadre de référence à l'astrologie, en étant complètement conscient que les années de 1988 à 1993 seraient un point tournant à partir duquel une nouvelle forme d'astrologie apparaîtrait.

La conjonction Uranus-Neptune de 1993 est un symbole de l'union transphysique : une union entre la compréhension et l'intuition les plus élevées, et une union entre les deux centres les plus élevés de nos cerveaux, capable de créer la "grande illumination". Si ceci intéresse un quelconque lecteur de cette contribution au Rudhyar Tribute, sachez que Rudhyar a écrit toute son oeuvre astrologique à partir d'une fusion de ces deux centres supérieurs du cerveau, là où Neptune et Uranus sont en perpétuel état de connection, les deux reliés à Saturne fonctionnant dans le même temps à un niveau qui puisse transmuter cette fusion en quelque chose de compréhensible.

Les semences de l'oeuvre de Rudhyar ont été semées et elles ont déjà germé. En tant que mandataires de la planète Terre, c'est notre travail d'astrologues que d'entretenir ces jeunes pousses dans des jardins qui leur conviennent, afin que lorsque la phase Verseau réinitiera un nouveau cycle, la phase Taureau de "jardinage" que la semence appelle puisse se vivre, en attendant que la phase Gémeaux se termine pour entamer une nouvelle phase. Il est possible que ces phases coïncident avec le passage de Pluton dans les signes opposés, parce que l'oeuvre de Rudhyar est essentiellement plutonienne :
une transformation des concepts-racine donnant une nouvelle signification à l'astrologie, qui n'a peut-être encore jamais existé dans l'histoire de notre planète.

Joyce Hoen
On peut lire sa contribution en anglais à cette adresse :
http://www.astrologie.ws/rudh01.htm

Prochaine traduction des contributions au Rudhyar Tribute : Michael Meyer




4. Rudhyar Tribute - contribution de Michael Meyer

J'ai grand plaisir à vous donner aujourd'hui la traduction de la contribution de Michael Meyer au Rudhyar Tribute, puisqu'il est l'auteur du grand site de référence sur Rudhyar - Khaldea - et qu'il est aussi le légataire avec Leila Rael, de l'oeuvre de Rudhyar.

Dans son texte, il parle de sa rencontre avec Rudhyar en 1968 qui a complètement transformé sa vie.


RUDHYAR : AMI, EXEMPLE ET SAGE


La première fois que j'ai rencontré Rudhyar, c'était à San Francisco au cours de l'été 1968. A l'époque j'étais complètement immergé dans l'étude de la Théosophie. Et je sentais de façon certaine que quelque part, d'une manière ou d'une autre, il existait encore une poignée d'hommes et de femmes au travers desquels coulait la puissance vivante de la Théosophie ; qu'ils étaient encore actifs dans le monde, vivant de façon exemplaire la Voie de Transformation, qu'ils travaillaient ensemble et qu'ils étaient "chelas" (disciples spirituels) d'êtres de Sagesse et de Compassion semblables à Bouddha, qui un siècle plus tôt, avaient parrainé la mission d' H.P. Blavastky : "changer l'esprit du 20ème siècle".

Je n'avais pas besoin d'être convaincu que la vie et la réalité ne se réduisaient pas aux apparences et qu'il existait autre chose que ce qu'on m'avait enseigné à l'école. Mais je savais aussi que les enseignements de la Théosophie - spécialement ceux formulés au début du 20ème siècle par ceux qui l'ont popularisée - ne comprenaient pas de "Vérité Absolue", mais plutôt qu'ils étaient constitués d'approximations et de descriptions de la réalité sous forme de mots, de symboles et d'images adressés à des hommes et des femmes de l'époque victorienne.

Je me suis rendu compte, au moment où Blavatsky était à la fin de sa vie, qu'un message nouveau, plus inclusif, ainsi qu'une vision à l'échelle mondiale deviendraient nécessaires, et qu'ils seraient conscientisés et formulés pendant le dernier quart du 20ème siècle. Et dans une sorte d'élan de juvénile, j'ai pris conscience qu'il faisait partie de mon destin d'aller en quête de cette source occulte, de m'investir pour aider à sa formulation et de contribuer au nouveau message qui serait porté dans le siècle suivant, le 21è siècle.

Un an ou deux plus tard, j'ai commencé à me brancher avec ce que les quelques représentants des multiples traditions spirituelles (gourous) connus en Occident à l'époque avaient à offrir, et en 1967 j'avais déjà rencontré quelques soit-disant gourous américains et anglais, dont Alan Watts et Timothy Leary. Et puis en 1968, alors que je cherchais toujours quelqu'un qui soit en relation avec la puissance vivante de la Théosophie, la divine Sagesse de l'Esprit universel, je me suis rendu dans bon nombre de centres théosophiques à New York, dans le Midwest américain et en Californie.

Et le point tournant est arrivé quand j'ai vu un nouveau livre à la Société Théosophique de San Francisco : "Le cycle de la Lunaison" de Dane Rudhyar. Bien qu'à l'époque je ne fus que moyennement intéressé par l'astrologie, j'ai acheté le livre sur une impulsion. Et il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre qu'il avançait une nouvelle approche de l'astrologie très substancielle. Mais ce qui m'a le plus impressionné, c'est que ce livre avait des fondements théosophiques. Non que Rudhyar y cite "La doctrine secrète" de Blavastky ou qu'il y attire l'attention du lecteur sur les bases théosophiques de son approche de l'astrologie. D'ailleurs, il ne le faisait absolument pas. Mais personnellement, j'ai compris tout de suite que la description que Rudhyar faisait du cycle de la lunaison - avec ses deux hémicycles involutif et évolutif et ses 8 phases soli-lunaires - prenait racine dans la vision théosophique du monde. En effet, la présentation de Rudhyar des 7 phases soli-lunaires lumineuse auxquelles s'ajoute la phase sombre de la Nouvelle Lune, suivait de très près la doctrine théosophique dépeignant 7 "globes" de manifestation auxquels s'ajoute une phase de dissolution, c'est-à-dire la "pra-laya" non manifestée.

Quelques jours après avoir lu "Le cycle de la Lunaison", j'ai eu la chance de voir une notice affichée à la Librairie Lewin's de Berkeley. Elle annonçait un débat informel sur le commencement de l'Ere du Verseau entre Gavin Arthur et Rudhyar, qui devait se tenir à la célèbre Glide Memorial Church de San Francisco. J'avais déjà ententu parler de Gavin Arthur, le riche petit-fils d'un Président Américain. Il avait quelque chose d'un grand-père hippie qui avait ouvert les portes de sa maison à une bande de beaux garçons et filles. C'était l'astrologue de la contreculture de San Francisco.

Je suis arrivé très tôt pour suivre le débat, et je me suis assis sur le banc avant gauche. Bientôt, un jeune couple d'à peu près mon âge vint s'asseoir près de moi. Nous avons engagé la conversation et nous avons parlé de nos thèmes respectifs. Très vite, il devint évident que le jeune homme et moi étions jumeaux astrologiques - nés le même jour, la même année et à la même heure, à quelques kilomètres de distance. Mais il y avait quelque chose chez mon jumeau astrologique qui me mettait mal à l'aise. J'étais à l'époque très timide et socialement replié sur moi, mais lui manifestait différemment notre configuration Scorpion-Lion. Il était très sûr de lui, autoritaire, agressif et pas qu'un peu égocentrique. Et puis pour terminer le tableau, il était passionné par Aleister Crowley et se vantait de ses talents pour les cérémoniels magiques et pour l'hypnose ...

Et le débat amical commença à peu près une heure plus tard. Rudhyar y a résumé la presque totalité de ce qui fut publié plus tard dans le livre "Astrological timing - The transition to the New Age". L'audience avait l'air impressionnée par la perspicacité de Rudhyar en matière historique et philosophique. Et pendant que le débat avançait, il devenait clair que Rudhyar ne se contentait pas de convaincre l'auditoire de la validité de sa position, mais aussi, que dans ce premier contact "en masse" avec la contreculture, il gagnait respect et admiration des jeunes et des moins jeunes non-conventionnels qui étaient dans la salle bourrée à craquer.

Mais ce qui était le plus impressionnant, le plus convaincant et le plus inspirant, se passa après le débat, lorsque les deux astrologues répondaient aux questions écrites soumises par l'audience. J'ai demandé à Rudhyar comment l'Ere du Verseau à venir se reliait avec ce que Blavatsky et d'autres théosophes annonçaient comme la venue d'un type d'humanité nouveau et hautement intégré, qui était sensé naître en Californie. Il m'a renvoyé un petit mot pour me dire que ma question était trop spécialisée pour qu'il en discute devant une audience pas forcément initiée à ce genre de recherches, mais que je pouvais très bien venir le voir après la discussion pour en parler avec lui. J'ai relevé la tête et j'ai vu qu'il me regardait avec insistance.

Ce soir-là cependant, Rudhyar avait répondu à des questions comme "Que pouvons-nous faire pour préparer la venue d'un Nouvel Age ?". C'était en réponse à des questions de ce genre-là qu'il avait parlé des composants-clef de sa vision socioculturelle, telle qu'on la retrouva quelques années plus tard dans ses livres "We can begin again - Together" et "Directives for a new life". Avec une force de vie et une puissance que je n'avais jamais rencontrées jusque-là, Rudhyar a parlé des "groupes-semence" comme de lentilles qui donnent une forme existentielle à ce qu'il appelle les "idées-semence" et aussi des nouveaux aspects de l'Homme archétypique. Alors qu'il parlait, sa voix roulait comme un tonnerre dans la salle. Le Son d'un gong énorme semblait résonner à l'unisson au travers de Rudhyar et de mon esprit, de mon être et de ma conscience. L'air et les esprits de l'audience assemblée, vibraient en harmonie avec la puissance spirituelle qui coulait en Rudhyar comme au travers d'une fenêtre grande ouverte. Je me suis rendu compte que je venais de rencontrer un représentant vivant de la Communauté des Prophètes et des Sages.

A la fin de son exposé, un groupe de jeunes gens avides et exaltés entourèrent Rudhyar, lui posant des questions de toutes sortes. Je suis resté à la frange du groupe, trop replié sur moi et trop timide pour parler. Mais je me suis rendu compte que Rudhyar me regardait régulièrement. Puis, après que le groupe se soit réduit à quelques personnes déterminées, Rudhyar fit un commentaire amical sur la question que je lui avais soumise et me demanda si je venais d'une famille de théosophes. Je lui dis que ma mère appartenait à une éminente famille Maçonique et que plus tard j'avais découvert la Théosophie seul, puis appris que mes grands-parents avaient étudié la "Doctrine secrète" de Blavatsky.

Quand les organisateurs du débat nous dirent qu'il fallait partir, parce que les gardiens souhaitaient fermer l'église pour la soirée, Rudhyar suggéra que comme il était encore tôt, le groupe pourrait se réunir dans la maison confortable des amis qui l'acceuillaient, celle de Madame Winslow, qui était au bord de la baie de Berkeley. C'est là qu'il a écouté attentivement toutes nos pensées, toutes nos expériences. Il était sincèrement intéressé par tous les aspects de la contreculture qui était en plein épanouissement à cette époque. Quelqu'un a suggéré qu'il pourrait nous résumer sa biographie. C'est à ce moment-là qu'il a parlé de sa formation théosophique et de la relation très proche qu'il avait entretenu avec le grand "theos-ophist" B.P. Wadia. Puis il nous parla de ses différentes activités créatives et comme il y avait un grand piano dans la maison, il nous joué deux de ses compositions, qui ne ressemblaient à rien de ce que j'avais pu entendre jusque-là. Puis il se lança dans une improvisation, qu'il avait l'habitude, nous dit-il, de jouer pour Martha Graham dans les années 20 et 30. Ce qui impressionna terriblement un étudiant en danse du Mill College.

Je suis reparti deux mois plus tard à New York où je passai trois ans. Cependant, j'ai vu Rudhyar une fois par an, quand il venait à New York pour des lectures ou des séminaires. Pendant ces années, nous avons correspondu un peu et j'ai lu tous ses livres. Je me rappelle précisément avoir attendu avec impatience la sortie de "Vers une conscience planétaire" que Rudhyar m'avait annoncée dans une de ses lettres, et qui devait traiter d'une façon nouvelle de la théosophie et de la métaphysique. J'ai lu ce livre difficile d'un bout à l'autre au moins deux ou trois fois entre 1970 et 1971, et j'ai compris qu'il y avait enfin une reformulation moderne de la Théosophie.

Ce n'est que lorsque je retournai en Californie au cours de l'été 1971 que nous sommes devenus amis proches. J'avais envoyé à Rudhyar quelques extraits du travail que j'avais commencé et qui allait devenir mon livre "A Handbook for the Humanistic Astrologer", qui l'intéressait grandement parce qu'il permettrait à la nouvelle vague d'étudiants en astrologie d'en apprendre les premiers principes sans être exposés ni conditionnés par les livres d'astrologie traditionnelle qu'on trouvait à l'époque, qui étaient uniquement centrés sur l'évènementiel et qui avaient été écrits des dizaines d'années avant. Rudhyar passa la fin de l'été dans la maison de Jose et Mariam Arguelles à Palo Alto, où ils l'avaient invité. C'est là que nous avons eu notre premier long entretien privé. Je suis arrivé très tôt dans l'après-midi et il ne m'a pas laissé partir avant le soir. Je me souviens que très gentiment et en m'encourageant, il m'a posé des questions en touts genres. Il semblait intensément intéressé d'apprendre tout sur ma formation et sur ce que je pensais de toutes sortes de choses. Une de ses remarques favorites envers moi, et que j'entendrai des douzaines de fois au cours des années suivantes, était : "Tu es médium !".

Cet après-midi-là, nous avons beaucoup parlé du Mouvement Théosophique et de son engagement dans ce mouvement, nous avons parlé aussi des changements fantastiques et prometteurs sur le plan social et mental qui se répandaient aux USA et dans l'Europe occidentale et comment nos travaux et nos vies à tous les deux y trouvaient place. Puis, il m'a parlé de ses deux "parents spirituels" - B.P. Wadia, le grand théosophe, et Aryel Darma, une théosophe hollandaise qui venait de Java - il les avait rencontrés en 1920 à Krona, le centre théosophique d'Hollywood. Puis il vint dans la conversation que l' Institut Esalen lui avait demandé de faire un séminaire en Septembre à Berkeley dont le sujet serait "Un nouveau regard sur la "Doctrine Secrète" de Blavatsky". Il me dit que j'y serai son invité. Puis après avoir dit combien la tâche lui semblait difficile et qu'on ne pouvait pas savoir comment les intellectuels recevraient (ou interprèteraient mal) les idées et les concepts théosophiques, il en vint à résumer son approche général du sujet.

Tout au long de cette rencontre, je me suis de plus en plus rendu compte du fait que depuis que j'avais rencontré Rydhyar pour la première fois en 1968, j'avais ressenti à quel point nos deux destins étaient liés, d'une façon ou d'une autre ; et au cours des dizaines d'années qui se sont écoulées depuis, j'ai souvent ressenti que nos anciens échanges venaient s'imprimer sur la réalité du moment. Puis vers la fin de notre entretien, je lui ai parlé de quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps. J'ai mentionné à Rudhyar qu'il était aisé de reconnaître son immense contribution à l'astrologie parce qu'il y restaurait la notion de cyclicité, à cause aussi de sa formulation de l'humanisme, et de son approche centrée sur la personne, etc ... Mais pourquoi, lui demandai-je, avait-il passé tant de temps et mis tant d'énergie sur l'astrologie, alors qu'il aurait pu faire beaucoup plus en tant que guide et enseignant spirituel. Je voulais savoir "pourquoi être astrologue, alors qu'il aurait pu être un grand "gourou" ?" Je suppose que cette question ressemblait à celle que posait Marie d'Algout à Franz Liszt "pourquoi jouer si bien du piano"... Pourquoi était-ce si important pour Rudhyar, alors qu'il aurait pu être un grand artiste et un philosophe iinfluent.

En réponse, Rudhyar m'a parlé des grandes difficultés et des obstacles qu'il avait rencontrés au cours de ses jeunes années. Il m'a raconté comment les opportunités (sans doute trop nombreuses) que se sont présentées à lui plus tard dans le monde astrologique, et puis il a aussi fait allusion aux tentatives avortées par lesquelles il était passé parce qu'il n'était pas encore prêt. Mais il m'a confié aussi qu'avec l'approche du dernier quart du 20ème siècle, peut-être qu'il serait possible de faire plus. Et puis, me dit-il avec une voix tout à coup haut perchée : Esalen m'a déjà demandé de parler de la "Doctrine Secrète"....
Avant que je parte, il m'a gracieusement proposé des copies de certains de ses anciens articles (comme : "A call to Occultists and Théosophists") qu'il avait apportés avec lui pour son séminaire sur la "Doctrine Secrète". C'est de ce moment-semence qu'ont "poussé" le livres "Préparations spirituelles pour un nouvel âge" et d'autres livres écrits après 1975, dont Rudhyar et moi avons longuement discuté entre 1973 et 1974. Et c'est dans ces livres (aussi bien que dans un livre précédant "Vers une conscience planétaire") qu'il me semble que Rudhyar a apporté sa contribution la plus éclatante, bien que restée méconnue du plus grand nombre.


Il m'est presque impossible de dire à quel point Rudhyar a "influencé" ma vie. Je ne peux même pas imaginer comment ce serait si il n'y avait pas eu de Rudhyar. Mais ce que je peux dire, ce qui s'il n'avait pas été là, peut-être que bientôt, ou plus tard, il y aurait eu quelqu'un pour remplir ce besoin, même de façon différente de celle de Rudhyar, quelqu'un qui aurait donné un futur à l'astrologie et à la théosophie. Un jour j'ai entendu Rudhyar dire qu'il avait été "aurorisé à vivre". Et effectivement, c'est sa santé fragile qui lui a sauvé la vie, parce que par exemple, à cause d'elle, il a été exempté de service militaire pendant la première guerre mondiale, alors que le régiment auquel il aurait été affecté était celui qui a disparu pendant la retraite de la bataille de la Marne.

Il semble que ce qui est nécessaire et qui survit, si quelqu'un est vraiment ouvert à la descente de la lumière et du pouvoir transpersonnels et transcendants, sera reçu, d'une façon ou d'une autre par cette personne, comme étant l'aide et la protection dont elle a besoin pour accomplir son dharma.


Maintenant, c'est à nous de survivre
et de donner une forme existentielle et un sens
au nouvel aspect opératif de la divine Sagesse
et de l'archétype Anthropos,
c'est maintenant qu'il faut chercher notre réalisation
au travers d'une nouvelle et véritable humanité PLANÉTAIRE.


Vous pouvez lire en anglais la contribution de Michael Meyer au Rudhyar Tribute à cette adresse :
http://www.astrologie.ws/rudh02.htm




5. Rudhyar Tribute - Contribution de Jeff Jawer

Jeff Jawer - Astrologue américain - San Diego - Californie
Son site, créé avec Rick Levine : Star Iq

RUDHYAR

En 1973, j'ai commencé à étudier l'astrologie à partir de textes traditionnels. J'étais réellement fasciné par l'astrologie, mais en même temps je me disais qu'elle devait receler bien autre chose que ce que j'avais trouvé dans mes lectures. Les interprétations que ces livres donnaient étaient vraiment trop négatives et surtout elles ne correspondaient vraiment pas avec les idées que j'avais sur la vie et le potentiel humain. Et puis je suis tombé sur "L'astrologie de la personnalité" de Dane Rudhyar et mes plus grands espoirs se sont réalisés. En fait ce que proposait Rudhyar allait bien au-delà de ce que j'avais espéré et il présentait l'astrologie de façon profondément significative. Elle n'était plus coincée dans les limites du déterminisme - elle se donnait la liberté d'ouvrir la voie à l'expression la plus haute du potentiel humain. Rudhyar est alors devenu pour moi, de même que pour beaucoup d'autres astrologues, une clef pour le futur et non plus un poids venant du passé.

Fidèles à sa nature de Verseau, les yeux de Rudhyar portaient toujours le regard vers le futur, ils sapaient à la pioche les anciennes bases, pour les astrologues, les ésotéristes et les penseurs de toutes sortes. Son astrologie rejoignait les grandes marées humanistes de tout le 20ème siècle en plaçant l'homme au centre de son monde et en faisant du libre-arbitre l'essence de la pratique astrologique. Tout dans le thème natal pouvait être vu comme un potentiel, rien n'était plus dicté par les forces d'en-haut. Nous n'étions plus collés au sol, ni coinçés dans nos thèmes par les limites de Saturne, la violence de Mars ou la confusion de Neptune. Chacun de nous devenait libre d'être les créateurs du 21ème siècle, nous n'étions plus prisonniers du 19ème.

Rudhyar a transformé le paysage de l'astrologie et nous a incités à vivre au plus haut de nos capacités plutôt que de rester piégés dans notre ancienne vision du monde. Les Carrés et les Oppositions n'étaient plus des condamnations à l'emprisonnement dans le conflit et devenaient des incitations à la découverte. Tout cela a été rendu possible par la créativité de Rudhyar et par son amour pour l'humanité. C'est "le" cadeau essentiel qu'il nous a fait. Cependant, il nous a aussi laissés avec un grand défi à relever : aller sur la voie de notre propre transformation et élaborer une nouvelle vision de l'astrologie et du potentiel humain.

Au cours de sa longue carrière, Rudhyar a touché à chaque élément de la pratique astrologique, des Maisons aux Planètes, aux Signes, aux aspects et à tout le reste. Ce qui est fondamental dans son approche, c'est la quête de sens, la recherche de modèles logiques et la compréhension des principes astronomiques qui sous-tendent notre travail. Le meilleur exemple en est son travail sur les cycles et particulièrement le cycle de la lunaison. Ce qu'il a fait dans ce domaine a attiré notre attention sur le mouvement dynamique des planètes en nous proposant de les voir essentiellement en mouvement plutôt que comme des points statiques. Dans "Le cycle de la lunaison", Rudhyar a inventé une mesure en 8 phases du cycle mensuel du Soleil et de la Lune, où les Pleines Lunes n'étaient plus décrites comme un conflit entre nos personnalités consciente et inconsciente. La Pleine Lune et les 7 autres phases étaient décrites comme étant les parties d'un processus, soit une relation dynamique entre ces deux corps essentiels. Chaque phase était vue comme venant de quelque part et se dirigeant quelque part. Il donnait aux astrologues une direction pour comprendre que même si le thème natal est figé dans le temps et dans l'espace, nous et les planètes ne le sommes pas. Travailler avec les phases lunaires ouvrait la porte à une vision de l'astrologie qui mettait les astrologues au défi de revoir leur approche et leurs comportements en la matière.

L'importance du travail de Rudhyar sur le cycle de la lunaison va au-delà de la relation soli-lunaire. Il nous rappelle qu'il est bon d'analyser tous les comportements des planètes à la lumière des cycles plus grands dans lesquels elles évoluent. En un sens, cette démarche a "féminisé" l'astrologie qui depuis 2000 ans, était dominée par des consciences masculines. L'approche masculine de la vie et de l'astrologie se focalisait sur des points précis, sur des éléments fixes, afin d'en contrôler l'interprétation. Cette approche masculine qui n'utilise pas un cycle mensuel visible, reste en dehors des dynamiques de la nature et du cosmos. Et ce faisant, ces hommes se sont octroyé le droit d'agir comme s'ils ne faisaient pas partie de la nature, ils sont restés à l'extérieur, comme si elle n'avait aucun effet sur eux. La dévastation écologique dans laquelle nous vivons actuellement résulte de ces comportements masculins.

Cependant, le cycle de la lunaison nous rappelle que toutes les relations sont faites de connections, qu'elles sont des vagues, des cycles, des spirales, qu'elles ne sont pas composées de points séparés. Quand nous prenons conscience de la nature des cycles, nous ne pouvons plus nous empêcher de nous voir comme faisant partie d'un processus plus grand. Rudhyar, même s'il est surtout un intellectuel, nous a aidé à nous reconnecter avec la totalité de l'existance, il nous a montré que c'est elle qui nous permet de prendre soin de nous et de notre planète. Du coup, son oeuvre marque aussi un retour à une ancienne vision du monde, mais celle où tous les êtres vivants étaient en interrelation. Il se trouve aussi que l'oeuvre de Rudhyar nous a poussés à adopter une perspective évolutive, celle où l'humanité est créatrice de son propre futur. Par exemple, ses écrits considérables sur les planètes extérieures, sont un des moyens qu'il nous a laissé en partage pour nous permettre d'adopter une nouvelle vision de nous-mêmes. Une des clefs de la compréhension de ces planètes extérieures est leur rôle dans la transformation de l'ego (limité par Saturne) en conscience cosmique. Ainsi, le processus est tel que paradoxalement il appuie à la fois sur l'individuel et sur le collectif. C'est-à-dire que chacun d'entre nous sommes des individus uniques avec des choix à faire qui nous concernent et concernent notre façon d'agir. Chacun d'entre nous peut et doit agir pour réaliser les potentialités contenues dans son thème natal. Si on laisse de côté le conditionnement culturel ou social, il est évident qu'en nous se trouve une volonté humaine et personnelle essentielle, qui nous donne toute liberté d'utiliser nos ressources de façon individuelle. Mais le contexte dans lequel s'exprime l'individualité a toujours un impact collectif. C'est pourquoi Rudhyar voyait les planètes extérieures comme des moyens d'évoluer au-delà du strictement personnel et de prendre le chemin vers le transpersonnel. Ainsi chacun de nous contribue à la conscience et à la croissance collectives.

Il importe aussi de mettre en évidence que Rudhyar a beaucoup écrit sur l'importance de la relation culture-astrologie. Il disait que chaque culture développe sa propre astrologie. Cette idée simple et logique ne se retrouve nulle part ailleurs dans la littérature astrologique de ce siècle. C'est ainsi que Rudhyar nous rappelle de porter une attention particulière au monde dans lequel nous vivons. Et de ne pas rester enfermés dans nos petites chapelles, d'être conscients des limitations qu'elles ne manquent pas de nous imposer et de tout faire pour aller en conscience au-delà des limites que nous nous serions imposées pour rester dans ces chapelles.


Rudhyar, qui était musicien, tirait son inspiration de multiples sources. Il avait étudié la Théosophie, il connaissait parfaitement les traditions religieuses orientales et il s'abreuvait à une grande variété de philosophies. C'est à cause de l'étendue de ses connaissances et de ses expériences qu'il était capable de passer du côté technique au côté spirituel avec autant d'aisance. C'est en associant tout ce qu'il a étudié qu'il a donné à l'astrologie la valeur très élevée que nous lui reconnaissons maintenant. Et puis, l'oeuvre de Rudhyar nous met au défi de ne pas nous enfermer dans la peur et le déni. Ses écrits sont traversés par une compassion non sentimentale qui prend racine dans l'intelligence et c'est elle qui lui a permis d'oeuvrer toujours au niveau le plus élevé. C'est ainsi qu'il s'adresse à nous et qu'il nous demande de participer à la création d'une nouvelle phase d'expériences humaines, de nous rapprocher des dieux et de vivre au niveau de ce que nous avons de plus élevé en nous. C'est en pratiquant cela que Rudhyar a reformulé l'astrologie et lui a rendu au 20ème siècle ses lettres de noblesse ; et c'est le défi qu'il nous propose de relever : être complètement humains, "divinement" humains.

Certaines des idées de Rudhyar sont ancrées dans l'astronomie, pour ainsi dire dans les éléments "physiques" des planètes. Son travail sur la relation Soleil-Mercure, par exemple, détaille tout simplement leur cycle astronomique pour mettre en lumière leurs relations possibles. Ce n'est pas un travail ésotérique, il colle juste aux observations astrologiques de nos lointains ancêtres. C'est une façon de nous rappeller que la logique et la simplicité nous permettent tout simplement de faire nos propres observations, d'en tirer des conclusions qui nous sont propres et donc d'ajouter à la somme de Rudhyar nos observations personnelles.

Tout ça pour dire qu'on ne peut pas qualifier Rudhyar d'astrologue ésotérique. Parce qu'il a toujours ancré son travail dans le concret et le pratique. On ne peut pas non plus dire qu'il serait un astrologue traditionnel (matérialiste), parce qu'il avait clairement compris que les évènements sont la matérialisation du sens. Son oeuvre couvre tout ce qu'il est possible de couvrir en astrologie, comme aucun astrologue du 20ème siècle n'a pu le faire. Bien que le langage qu'il emploie soit parfois difficile à comprendre pour les astrologues contemporains, le Sens qu'il contient n'est pas du tout obscur. Il nous a vraiment montré, comme personne ne l'a jamais fait, sur quoi est ancré notre travail d'astrologues et tout ce qu'il contient de potentialités.

L'influence de Rudhyar est tellement intrégrée par les astrologues modernes américains, que les gens oublient que c'est lui qui est à la source de tant d'idées et surtout principalement de la mise en exergue du potentiel humain. Par exemple, les écrits de Stephen Arroyo sont complètement imprégnés de la compréhension de Rudhyar en matière de relations entre esprit et psychologie. En fait, toute l'astrologie psychologique moderne a une dette envers Rudhyar qui n'a pas seulement écrit énormément sur l'astrologie psychologique, mais a construit un pont avec la spiritualité pour combiner les deux. Aujourd'hui, l'influence de Rudhyar aux Etats Unis s'est obscurcie au fur et à mesure que ses idées ont été absorbées par d'autres. Par contre, en Europe, le travail d'Alexander Ruperti - ami et disciple de Rudhyar - prolonge et diffuse son oeuvre de façon beaucoup plus directe. Ruperti a organisé plus d'une douzaine de groupes en France, en Suisse et en Espagne, qui étudient l'oeuvre de Rudhyar et vivent au quotidien ses principes. Alex mérite un remerciement spécial pour sa contribution originale à l'oeuvre de Rudhyar. Les astrologues et les étudiants de son Réseau d'Astrologie Humaniste (R.A.H.) travaillent à leur propre transformation au travers de l'astrologie. C'est dans l'oeuvre de Rudhyar qu'ils puisent leur inspiration à encourager le niveau indivuel et à trouver des moyens pour aider à l'évolution de l'humanité.


On a appellé Rudhyar "L'Homme Semence", ce qui décrit parfaitement ce pionnier Verseau  qui a inspiré et instruit tant d'entre nous. Il nous a remis un modèle d'astrologie avec ses potentialités de devenir, il nous a montré vers quoi l'humanité pouvait se diriger et, dois-je ajouter, il nous a montré le chemin que nous devons emprunter si nous souhaitons survivre et prospérer.

Bon 100ème anniversaire, Dane Rudhyar
Et merci du plus profond du coeur.



On peut lire en anglais la contribution de Jeff Jawer au Rudhyar Tribute à cette adresse
http://www.astrologie.ws/rudh01.htm




6. Rudhyar Tribute - contribution de Roeland M. de Loof

Roeland M. de Loof - astrologue hollandais
Son site (astrologie védique) :
dirah.demon


TRANSFORMER OU ... ?


L'existence de la planète Terre n'a jamais été aussi menacée qu'à notre époque. Malgré toutes les insécurités, une chose est sûre cependant : si nous ne sommes pas capables de vaincre notre mentalité égocentrique, ce n'est pas seulement l'humanité, mais probablement toute vie sur terre qui sera condamnée.

- D'une société individualiste à une société transpersonnelle

C'est Dane Rudhyar qui, par exemple dans son livre "Vers une conscience planétaire", a mis en évidence la nécessité de passer d'une société centrée sur le particulier à une société transpersonnelle. Dans une société transpersonnelle, les gens ne seraient plus guidés par leurs egos, mais par leur Soi ; l'essence de notre conscience qui est partie du Tout cosmique.

"Ce qui est en jeu n'est pas quelques modifications mineures des structures de la société. L'enjeu est une transformation fondamentale qui transcende les conditions locales et nationales et le comportement habituel des hommes égocentriques et cupides, assoiffés de pouvoir et qui ont besoin de combler leur vide intérieur. Ce changement nécessaire est aussi radical que celui qui arrive lorsqu'on passe d'un état à un autre sur l'échelle des températures - disons, comme quand on passe de l'état solide à l'état liquide." (dans "Vers une conscience planétaire")

- Astrologie centrée sur la personne ; telle qu'elle met la personne en harmonie avec le cosmos

L'astrologie a un rôle important à jouer dans la réalisation du nécessaire processus de changement. Selon Rudhyar, le thème natal contient le "nom céleste" individuel. Dans son livre "Les maisons astrologiques" il le formule comme suit :

"Le thème natal est vu comme la formule définissant structurellement la "nature fondamentale" d'un homme. C'est un symbole cosmique complexe - un mot ou logos révélant ce qu'est potentiellement la personne. C'est le "nom céleste" de la personne individuelle qui contient la marche à suivre pour permettre à la personne d'actualiser au mieux ses potentialités de naissance - "les potentialités-semence". Le thème natal est un mandala, c'est un moyen de réaliser l'intégration tout-inclusive de la personnalité." (dans "Les Maisons astrologiques")

Il a été donné à l'astrologue une responsabilité importante, celle d'expliquer à ses clients quels sont leurs "noms célestes", de leur montrer quelles sont leurs possibilités d'accomplissement de leur destin, de leur permettre de s'approcher au plus près de leur personnalité cosmique. Ainsi, l'astrologue contribue à la transition vers une société transpersonnelle dans laquelle ils peuvent incarner leur véritable personnalité - une société sans conflits de pouvoir, sans égotisme ni destructions, où les gens peuvent vivre ensemble en harmonie et accomplir leur destin.

Les livres de Rudhyar "L'Astrologie de la transformation" et "La dimension galactique de l'astrologie" parlent d'une telle approche de l'astrologie ; une astrologie qui stimule la transformation de l'individu et par-là même lui permet de devenir une partie d'une (future) société transpersonnelle.

"L'astrologue transpersonnel est comme un poète évoquant le Sens du thème natal considéré comme un Tout ainsi que l'épanouissement de ses potentialites de transformation." (dans "L'Astrologie de la transformation")
Cette transformation permet de comprendre que "réaliser, de façon vivante, totale et inéluctable, que le Soleil-ego n'est essentiellement qu'une étoile galactique, constitue la première étape fondamentale dans la transformation de l'homme, tel qu'il est aujourd'hui dans la plupart des cas, en "plus-qu'homme", symboliquement en être galactique, en "étoile". Cette transformation est nécessaire car elle constitue la base de la "Révolution galactique". (dans "La dimension galactique de l'astrologie")

En plus de prêter attention au développement et à la transformation du client, l'astrologue devrait aussi parler des questions cosmiques :
"Le thème peut alors être envisagé comme la représentation de la signification et de la finalité dont le Tout plus grand, l'Humanité, a investi cette naissance - donc le "dharma" du nouvel être humain. Le terme "dharma" définit ce que le nouvel être humain "pourrait" faire pour l'Humanité dont il fait partie, ce que l'Humanité attend de cet individu, et qu'elle favorisera dans la mesure du possible". (dans "L'Astrologie de la transformation")

- Astrologie mondiale : comment nous pouvons utiliser créativement les énergies planétaires qui sont à notre disposition

A côté de la tâche qui est la nôtre de stimuler les individus à vivre en fonction de leur vrai Soi et d'accomplir leur destinée cosmique, il serait formidable que les astrologues entendent maintenant un autre appel de Rudhyar. Dans "La conscience planétaire" il formule ainsi un des besoins de notre époque : "Au seuil du Nouvel Age, le travail essentiel est de féconder l'inconscient collectif de l'humanité d'Images adaptées au caractère global de la future société que nous sommes en droit d'attendre".

Pourquoi ces nouvelles images ne viendraient-elles pas des astrologues ? Ils sont extrêmement bien placés pour appréhender les périodes de temps et leur contenu, particulièrement dans le domaine de l'astrologie mondiale, l'astrologie des évènements mondiaux, et ils possèdent pour ce faire un instrument capable de reconnaître ce dont nous avons besoin aujourd'hui. L'astrologue observe les planètes dans leurs cycles et peuvent avertir l'humanité de l'utilisation optimale de ces énergies. A cet égard, les conjonctions des planètes extérieures sont très importantes. Le passé nous a enseigné que les énergies de ces conjonctions n'ont pas toujours été utilisées créativement et que souvent des guerres et des repressions qui n'avaient aucun sens en furent le résultat. Cependant, l'astrologue connaît les moyens de montrer de meilleure façon l'utilisation possible de ces énergies. Ceci n'est pas seulement une possibilité, mais aussi le devoir de l'astrologue. Je suis convaincu que nous ne recevons pas seulement nos talents pour nous-mêmes, mais qu'aussi tout spécialement, nous avons le devoir de les utiliser en les communiquant aux autres. Si le cosmos nous a bénis en nous donnant le talent d'interpréter les cycles des planètes, alors nous avons l'obligation d'utiliser ce talent pour le bénéfice du Tout cosmique et tout spécialement dans l'époque critique que nous traversons. Nous ne devrions pas nous perdre dans des voies de traverse, mais plutôt nous focaliser sur l'essentiel, sur ce qui est au coeur de notre motivation professionnelle.


- Idéal et pratique

Si nous souhaitons être en tête dans le nécessaire processus de renouveau, devons-nous investir un maximum d'énergie pour nous faire reconnaître des sciences établies et des autorités ? Est-ce que nous devons absolument essayer d'obtenir l'agrément de ceux qui bientôt mettront des freins au renouveau, plutôt que de le stimuler ? Et quel est le prix que nous aurons à payer pour cela ? En ce moment, Uranus et Neptune, les planètes symbolisant l'astrologie et la spiritualité, sont dans le signe du Capricorne. Capricorne oblige, j'ai remarqué en ce moment, qu'il y a quelques astrologues qui font beaucoup d'efforts pour être placés au mieux dans la bonne société, qui y cherchent une reconnaissance et qui portent une grande attention au aspects financiers de leur profession. Je n'ai bien sûr rien contre la "manifestation dans la matière" d'un idéal, sinon tout cela reste de l'ordre de l'illusoire et ne sera jamais ancré quelque part. Mais bien sûr, c'est tout à fait différent lorsque l'idéal passe au second plan et finit par disparaître.

L'astrologie est une profession qui nécessite un "appel" particulier et demande à l'astrologue d'être responsable - ce que l'on peut très bien reconnaître à la façon dont elle est pratiquée. Et je dirais quand même que souvent, elle est pratiquée au niveau que Rudhyar évoque ici : "le type d'astrologie-psychologique le plus répandu décrit tout simplement aux individus leur caractère, leur personnalité et leur montre comment ils devraient régler leurs conflits et leurs opportunités de croissance à un niveau purement personnel - une sorte de croissance qui leur permettrait principalement de se sentir plus heureux, plus sûrs d'eux et de vivre pleinement leur vie privée ou toutes sortes de situations sociales." (dans "L'Astrologie de la transformation"). Après tout, en ces jours où Uranus et Neptune sont en Capricorne, il y a urgence à pratiquer la forme d'astrologie qu'on appelle pragmatique, celle qui résout les problèmes des clients en espérant que leurs problèmes diminueront. Cependant, Rudhyar pense, et je suis complètement d'accord avec lui, que la joie qu'on donne à nos clients de cette façon devient rapidement de la contrefaçon et que le véritable bonheur ne peut être trouvé que par le contact avec le vrai Soi.

Voici ses arguments pour l'astrologie transpersonnelle : "L'astrologue transpersonnel s'efforce d'évoquer (pour l'individu désireux d'atteindre un état transcendental) la possibilité d'utiliser chaque opportunité, chaque tension, chaque crise comme un moyen de vaincre progressivement l'inertie de son passé, celle de ses habitudes et celle des préjugés sociaux et mentaux et, par-dessus tout, la résistance du "Je" aux changements qui mineraient son autorité centralisatrice." (dans "L'astrologie de la transformation"). Mon expérience me dit bien sûr qu'une telle approche de l'astrologie ne me permet pas de faire à mes clients des suggestions basées sur le bonheur à court terme, puisqu'une telle proposition pousse l'individu à s'engager dans un voyage long et difficile en quête de son vrai Soi pendant lequel il devra dépasser son passé karmique. Mais la récompense est un véritable bonheur intérieur, à la place d'un bonheur de surface. Peut-être que pendant le transit d'Uranus et de Neptune en Capricorne, il est moins à la mode d'être idéaliste (Neptune est en relation avec la mode) ... Alors, particulièrement dans une période comme celle que nous vivons, devrions-nous être attentifs au fait que l'essence, la motivation centrale de notre profession d'astrologues, telle que décrite par Rudhyar, ne soit pas perdue.

- L'astrologie mondiale et personnelle au service du processus de transformation

L'astrologue devrait être au premier plan, je pense, du renouveau de la société et stimuler la transformation des individus qui en font partie. Les vieilles façons de faire ont amené la terre au bord du désastre. Si nous ignorons l'appel de Rudhyar, nous courons à la catastrophe. En tant qu'astrologues, nous devrions chercher les sources les plus profondes de symptômes comme la pollution, la violence et le racisme. Nous sommes capables de mettre en évidence les archétypes (astrologiques) qui correspondent à ces symptômes, afin qu'ils puissent être utilisés de meilleure façon. Après tout, ces archétypes sont neutres, et nous sommes ceux qui peuvent décider s'ils agiront de façon positive ou négative. Je pense que c'est la première chose que nous avons à faire en tant qu'astrologues. L'autre chose consiste à amener l'individu plus près de son destin en déchiffrant pour lui son "nom céleste". Ce qui peut apporter beaucoup de bonheur à sa vie et lui permet de prendre place dans la société que le cosmos a prévue pour lui. Plus on suivra cette route et plus il en résultera de l'harmonie pour la société.

Alors honorons Dane Rudhyar de façon concrète : l'héritage de Dane Rudhyar peut aider à contrecarrer les excès de professionnalisme trop affairistes et les approches trop pragmatiques. Pour moi, l'idéalisme tel que formulé par Rudhyar et le motif central qui doit imprégner l'astrologie. Si l'astrologie n'était pas inspirée et si elle n'avait pas un but élevé, je crois que j'arrêterais immédiatement. L'astrologie propose assez de moyens aux astrologues pour contribuer au processus de transformation de façon concrète. Nous devons au cosmos et à la vie sur terre de pouvoir les employer. Bien sûr, il nous faut faire un choix et décider de quitter les vieux chemins trop sécurisants que nous avons parcouru et reparcouru. Une fausse sécurité qui nous a en plus rendus responsables d'un possible futur très sombre ... un futur qui pourrait être tellement large, ouvert et beau, si nous dirigeons tous nos esprits vers lui. C'est la leçon la plus importante que Rudhyar m'a enseignée.

Vivons en accord avec le plus grand honneur
que nous puissions lui rendre

On peut lire la contribution de Roeland M. de Loof en anglais à cette adresse :
http://www.astrologie.ws/rudh02.htm


7. Rudhyar Tribute - contribution de Samuel Djian

Samuel Djian est mon professeur d'astrologie et je l'ai rencontré à Paris en 84, juste après son retour des Etats Unis où il avait passé, d'aller-retour en aller-retour, pratiquement deux années en compagnie de Rudhyar. Je sais bien qu'il ne fait pas partie du Rudhyar Tribute d'astrologie.ws, mais j'ai eu envie de mettre en ligne, au coeur des traductions que je suis en train de faire, pour qu'il s'y sente au chaud ! et après lui avoir demandé son accord, bien sûr !, une partie de la page de son site dans laquelle il évoque son parcours en astrologie ainsi que sa rencontre avec Rudhyar.
Aucun astrologue francophone - pas même Ruperti - autre que lui, n'ayant passé autant de temps avec Rudhyar, il me semble donc qu'il il a tout à fait sa place dans cet hommage à Dane Rudhyar, d'autant plus qu'il a traduit en français deux de ses livres "Approche astrologique des complexes psychologiques" et "Astrologie et psyché moderne" aux Editions de Médicis. Autre chose qui le différencie de Ruperti - et qui les rend complémentaires aussi en tant que disciples de Rudhyar - c'est que Ruperti a surtout diffusé l'approche humaniste de l'astrologie de Rudhyar, alors que Samuel, à cause de son parcours et de la nature de son dharma, diffuse plutôt l'astrologie transpersonnelle.


Découverte de Rudhyar


C'est Germaine Holley qui me parla pour la première fois de Dane Rudhyar en 1978. Par la suite, je me rendis compte qu'Henry Miller en avait parlé dans certains de ses livres que j'avais lus en 1972-73. Mais cela m'avait échappé ou bien s'était inscrit comme une évidence dans un coin de ma mémoire. Quand j'ai connu Germaine Holley, en cette même année 1978 - marquée dans mon thème natal par des transits et des progressions importants et une Révolution Solaire très significative, une de ses amies suisse (la Suisse joue un grand rôle dans ma vie personnelle, autre coïncidence avec Germaine Holley et Charles Vouga, ce qui est normal, au demeurant, pour un Mars Maître d'Ascendant en Vierge ... tout comme Germaine, "le plus emm...des Mars !" disait-elle), Yvonne Anex-Genoud, travaillait à la traduction en français du premier livre de Rudhyar "Le Cycle de la Lunaison". J'eus ainsi l'occasion de lire le manuscrit de la traduction et c'est de cette manière que je pris contact avec la pensée de Rudhyar. Ce livre me transporta à nouveau vers des sommets astrologiques et métaphysiques aussi élevés que l'Everest. Madame Holley me dit alors que, compte-tenu de mes études et de ma tournure d'esprit, Rudhyar aurait certainement beaucoup à m'apporter. Elle me donna à lire les quelques livres, en anglais, qu'elle possédait dans sa bibliothèque, certains annotés par Vouga. C'était du petit lait qui était déversé dans ma conscience et j'avais le sentiment de repousser sans arrêt l'horizon de ma connaissance. Cette année 78 fut marquée pour moi par une ouverture prodigieuse : la rencontre avec Germaine Holley et l'enseignement qu'elle me dispensait personnellement ou à travers les groupes qui se réunissaient autour d'elle, la découverte de Rudhyar, mon premier voyage en Inde et l'enseignement de Paramahansa Yogananda, mes débuts de consultant en Astrologie...

Durant l'été de 1979, alors que j'étais resté à Varengeville auprès de Germaine Holley après les stages, je me rendis compte que, depuis Dieppe, je n'étais qu'à quelques encablures de l'Angleterre et de Londres où je pourrais sans doute trouver d'autres livres de Rudhyar. Un petit matin brumeux, j'allais jusqu'à Dieppe avec la vieille R8 de Madame Holley et m'embarquait pour Newhaven. Tandis que le ferry prenait le chemin d'Albion, il me revint en mémoire un épisode de la vie d'Henry Miller qui fit ce même trajet dans les années 30 (Via Dieppe-Newhaven dans le recueil de nouvelles Max et les phagocytes). Je rentrai de Londres avec tous les livres de Rudhyar, le cœur en fête, assoiffé.

Immédiatement, au fur et à mesure que je lisais, j'appliquais la compréhension que Rudhyar m'apportait à ma propre vie et celle-ci m'apparaissait pleine d'un sens que je percevais certes, mais qui prenait sa pleine mesure avec la notion de cycle par exemple, particulièrement le Cycle de la Lunaison progressé. Les Symboles Sabian apportaient un éclairage nouveau et riche de perspective. Le lien que Rudhyar faisait avec la psychologie que j'étudiais en profondeur dans le même temps, comme avec toutes les spiritualités orientales et occidentales dans lesquelles j'étais plongé depuis 1972, me permit d'intégrer, de manière "holistique", toutes les recherches et les études que j'avais pu faire depuis que j'étais en quête, en fait depuis mon enfance ! Ma vie s'ordonnançait. En lisant "Birth Patterns for a New Humanity" (traduit par la suite en français sous le titre "L'Histoire au rythme du cosmos"), je pus faire le lien entre mes études de Sciences Politiques à l'Université et l'Astrologie. Ce qui m'avait appelé, quand j'avais entrepris ces études, c'était le besoin de comprendre la place de l'homme dans le monde, sa place dans la société, l'évolution des sociétés et la manière dont elles pouvaient vivre en fonction de choix sociaux et économiques spécifiques. J'espérais que cette compréhension m'aiderait à mieux oeuvrer pour que chacun soit à sa juste place et contribue à la bonne marche de la vie communautaire dans le respect des différences, dans un esprit de justice et de partage. Ce besoin de participer l'émergence d'une nouvelle forme de société et à de nouvelles formes de relations humaines m'habitait depuis l'enfance et c'est ce qui m'a poussé plus tard à aller à Findhorn où une expérience de vie nouvelle était en route, puis à fonder, avec d'autres chercheurs, le Groupe de Lucinges, en Haute-Savoie, qui s'était donné pour mission, en tout cas dans mon esprit, de faire émerger concrètement ce nouveau type de relations.


Quelques mots sur l'œuvre de Rudhyar

Avec l'approche socio-politique fondée sur une compréhension spirituelle de l'univers et de l'homme que j'ai trouvée chez Rudhyar, cette dimension que je recherchais, à tous les niveaux, était présente et clairement formulée. Il ne faut pas oublier que Rudhyar n'était pas un astrologue en réalité, contrairement à l'idée réductionniste que l'on se fait de lui dans certains milieux astrologiques. C'était un penseur, un philosophe, un visionnaire d'un monde nouveau et il a tenté de donner à cette vision différents modes d'expression sur les multiples plans dans lesquels chacun de nous évoluons, physique, émotionnel, mental, spirituel. La musique (à l'origine, il était compositeur), la poésie, le roman, la peinture, l'essai et, bien sûr, l'Astrologie, étaient pour lui des outils à travers lesquels il pouvait illustrer sa vision. C'est pourquoi ses écrits majeurs ne sont pas des livres d'Astrologie, mais des livres "métaphysiques" et nul ne peut aborder réellement son Astrologie s'il ne les a lus au préable "Vers une Conscience planétaire", "Préparations spirituelles pour un Nouvel Age", "Un Nouvel Homme pour un Nouvel Age". Et si on ne devait lire qu'un seul de ces livres, il faudrait lire son testament philosophique : "Le Rythme de la Totalité" publié en anglais en 1983, en français un peu plus tard. Rudhyar m'a dédicacé le livre quand il est sorti "For Samuel, that his life may unfold in rythms of wholeness and peace" (Pour Samuel, que sa vie s'accomplisse aux rythmes de la totalité et de la paix).

Cher Rudhyar, merci de votre souhait qui m'a accompagné depuis que je vous ai rencontré. Et si j'ai effectivement le sentiment, avec les années, que ma vie suit bien le rythme de la totalité, je sais que l'acquisition de la paix et de la sérénité est le fruit d'un long chemin. Mais, plus j'avance, et plus les périodes durant lesquelles elles se manifestent prennent de l'ampleur ... Par rapport à la vision plus sociale évoquée plus haut, Rudhyar a écrit un certain nombre de livres parmi lesquels "Directives for a New Life", "The Rhythm of Human Fulfillment" et, particulièrement, "Culture, Crisis and Creativity"(non traduits en français).

Contact avec Rudhyar

Lorsque Germaine Holley me fit découvrir Rudhyar, aucun de ses livres n'étaient traduits en français. "Le Cycle de la Lunaison" le fut en 1978, la plupart des autres à partir de 1982-83. Je venais juste d'apprendre, lors de mon voyage en Inde, à lire vraiment en anglais et la lecture de Rudhyar contribuèrent à enrichir ma connaissance de cette langue. C'est précisément en anglais (laborieusement !) que j'écrivis ma première lettre à Rudhyar. Devant mon enthousiasme et la rapidité avec laquelle j'intégrais les concepts élaborés par Rudhyar, Madame Holley me suggéra de lui écrire. "Vous savez, il sera très heureux de savoir que de jeunes astrologues français s'intéressent à son oeuvre et la diffusent comme vous le faîtes désormais". Elle était en contact avec Rudhyar depuis des années, elle l'avait rencontré dans des congrès d'astrologie aux États-Unis et ils avaient sympathisé, reliés par la langue française. Elle me donna donc son adresse, mais j'attendis un certain temps avant de lui écrire. Je n'osais importuner celui qui était devenu pour moi mon maître en Astrologie. Je profitais des fêtes de fin d'année, en 1979, pour lui envoyer mes vœux et le remercier de ce qu'il m'avait apporté. A mon grand étonnement, il me répondit et ainsi s'engagea une correspondance régulière. Il me suggéra d'ailleurs de lui écrire en français tandis que lui le faisait en anglais. Dans ces années-là, Rudhyar était quasiment inconnu en France. Comme je désirais à tout prix le faire connaître et faire partager l'enthousiasme et l'immense vision qu'il m'inspirait, je donnais des conférences mensuelles au Centre Galande, dans le 5eme arrondissement de Paris, qui attirait nombre de personnes en quête d'une autre conscience autour de Claude-Marc Perrot, qui fut mon analyste.

Par Germaine Holley, j'avais également fait la connaissance d'Annick Gignoux, qui dirigeait la Librairie de Médicis ainsi que les Editions du même nom. Quand je lui parlais de Rudhyar, je lui dis que d'ici quelques années, il serait considéré comme l'astrologue essentiel du XXème siècle. (En fait, je me trompais d'une certaine manière : il était tellement en avance sur l'évolution des consciences que peu d'astrologues, dans ce siècle scientiste, pouvaient réellement appréhender sa véritable dimension. Alors, il sera, pour sûr, l'astrologue du XXIème siècle !). Toujours est-il qu'Annick me fit confiance et me demanda de lui citer, parmi les livres de Rudhyar, ceux qui me semblaient devoir être traduits en priorité. Le choix était difficile car tous les livres me paraissaient essentiels. Mais je finis par choisir cinq titres : "La Pratique de l'Astrologie", "L'Astrologie de la Personnalité", "Les Symboles Sabian", "Approche Astrologique des Complexes Psychologiques" et "Astrologie et Psyché Moderne". Annick me proposa de traduire le premier et je me mis aussitôt au travail. Mais, pour certaines raisons, le projet ne put aboutir. Cet incident me décida alors à partir aux Etats-Unis car ce qui m'importait le plus était de rencontrer mon maître et de passer du temps auprès de lui avant qu'il ne quitte son corps.

La Californie

C'est ainsi que je débarquais à Los Angeles en juillet 1981, après avoir fait auparavant, par un concours de circonstances innatendu, un détour de 6 mois en Inde. Dans le taxi qui m'amenait de l'aéroport à downtown, la radio diffusa la chanson de Scott McKenzie "If you are going to San Francisco" qui avait marqué, avec bien d'autres, une certaine époque de ma vie : la Californie et particulièrement San Francisco étaient alors le lieu de la "contre-culture", de l'"underground" et bien des choses qui se sont passées dans les "sixties" et qui nous parvenaient en France à travers la revue "Actuel" n'étaient pas étrangers au fait que je me trouvais soudain à la source de ce que j'étais devenu. Il ne faut pas oublier que Rudhyar a été découvert par cette contre-culture et il fit figure, durant cette période, de maître à penser tout comme Alan Watts ou Ram Dass (l'Américain, universitaire défroqué, et non Swami Ramdas, l'auteur des merveilleux Carnets de Pélerinage) par exemple. Par la suite, j'eus l'occasion de discuter avec Rudhyar et sa femme, Leyla Rael (qui, née la même année que moi, avait participé, à sa manière, à cette dynamique) et tous les deux me parlèrent de l'effervescence et de l'impact de ce mouvement sur la prise de conscience de l'Amérique.

L'une des incidences de la contre-culture fut l'émergence du mouvement du Nouvel Age. Au moment où j'arrivais aux Etats-Unis, le Nouvel Age démarrait et le livre de Marylin Ferguson "Les Enfants du Verseau", en était devenu une sorte de manifeste. Rudhyar était au fait et au cœur de tout cela et il m'en parla très clairement. Il était très intéressé par ce qui se passait - il a abondamment évoqué l'Ere du Verseau dans ses ouvrages - et en même temps il était très réservé. Au-delà de la richesse que le mouvement faisait surgir, il était très conscient des dérives qu'il portait en lui. Il fut l'un des premiers, non pas à le dénoncer, mais à mettre en garde ses adeptes contre les dangers à venir. Contrairement à ce que certains veulent nous faire croire, le Nouvel Age a été un mouvement riche à ses débuts et il correspond à une étape dans la conscience de l'évolution...

J'avais prévenu Rudhyar de mon arrivée et il m'avait répondu que lui et Leyla Rael seraient heureux de m'accueillir. Cela faisait un mois que j'étais à Los Angeles lorsque Leyla me contacta pour me dire que Rudhyar était prêt à me recevoir. Je me rendis donc à San Francisco, tout émerveillé de découvrir la ville de la "maison bleue". Et même si l'époque des sixties était révolue, Frisco et toute la "Bay Area" bruissaient de cette vie fantastique de la rencontre entre l'Orient et l'Occident, de tout ce foisonnement dans tous les domaines. Il y avait du bon et du moins bon et puisque l'Espagne avait laissé son empreinte sur cette région, on peut dire que c'était l'auberge espagnole...

Première rencontre avec Rudhyar

Tout comme cela m'était arrivé quelques temps auparavant avec Germaine Holley, je vivais dans une sorte d'état second dans l'attente de la rencontre. "Beyond Individualism" ("Un Nouvel Homme pour un Nouvel Age") venait juste de sortir et sa lecture ne faisait que renforcer mon bouillonnement intérieur. San Francisco est une ville magnifique et son décor prestigieux a servi de cadre à maints films ou téléfilms. Son climat est tout à fait particulier et les moments de grande chaleur alternent avec les moments de brouillard opaque, le fog. Quand le fog s'abat sur la ville, on a intérêt à être chaudement vêtu, sinon il s'insinue dans notre peau. Dans mon esprit, avant de débarquer à SF, je pensais qu'il y faisait toujours plein soleil. Aussi me fallut-il faire l'acquisition d'un manteau pour affronter le fog.

Le matin de ma première entrevue avec Rudhyar - j'avais rendez-vous en début d'après-midi à Palo Alto, à près d'une heure de train de SF - le fog s'étendait sur la ville. A mesure que le train s'éloignait de la ville, le soleil perçait les brumes et, finalement, je me retrouvais dans une lumière éblouissante et une chaleur écrasante. Sensible aux symboles, aux coincidences et aux synchronicités, je ne pus m'empêcher de faire le parrallèle avec la rencontre que je vivais. Des gares de villes au nom magique défilaient l'une après l'autre tandis que le train descendait la "Peninsula" en direction de Palo Alto : Menlo Park, Redwood City, San Carlos...le long du célèbre El Camino Real. Palo Alto, enfin. Leyla Rael m'attendait et, après m'avoir serré dans ses bras à la manière américaine, le "hug", elle me conduisit jusqu'à la villa où résidait Rudhyar. Bien qu'âgé - il avait 85 ans - Rudhyar était grand et élancé, légèrement vouté. Il se pencha vers moi et me serra à son tour dans ses bras "Welcome, dear friend" me dit-il. Intimidé, impressionné d'être en présence de mon maître, je baragouinais quelques mots en anglais. Aux différentes questions qu'il me posait, je bafouillais, essayant de répondre avec mon accent épouvantable et incompréhensible. Au bout de quelques minutes, Rudhyar me dit, en français : "Parlez donc en français, votre anglais est incompréhensible !" A partir de ce moment, toutes nos conversations - à mon grand soulagement - se firent en français.

Auprès de Rudhyar

Peu de temps après cette première rencontre, je m'installais à San Carlos, non loin de Palo Alto où je me rendais quasiment chaque jour en bus pour passer quelques heures avec Rudhyar. J'arrivais vers 10 h et nous nous mettions au travail. Le but était de clarifier les concepts que l'on trouve dans son oeuvre afin que les traductions futures de ses livres soient en phase avec son enseignement. De même, il tenait à ce que certains mots soient traduits exactement comme il l'entendait. Par exemple, dans certains contextes, il demandait à ce que mind soit traduit par mentat. Il m'expliqua que, si je voulais bien comprendre le sens de son enseignement et ne pas commettre de contre-sens dans une traduction, il me fallait lire les théosophes, notamment Annie Besant ainsi qu'Alice Bailey. Bien que sa vision du monde se démarquait par certains côtés de celle des théosophes ou d'Alice Bailey, fondamentalement, il y avait un lien entre elles. Il me raconta qu'il avait bien connu Alice Bailey. Elle l'encouragea à écrire son premier livre, "L'Astrologie de la Personnalité", qu'elle fit publier, en 1936, par sa propre maison d'édition, le Lucis Trust. J'avais déjà bien abordé par moi-même les théosophes et je me mis à lire Alice Bailey, ce qui, effectivement, me permit de mieux situer la pensée de Rudhyar. Cette connaissance me servit à traduire le mieux possible deux des livres de Rudhyar que Annick Gignoux me proposa de traduire losque je rentrais définitivement en France en 1983 : "Approche astrologique des complexes psychologiques" et "Astrologie et Psyché moderne". Surtout, je fus mieux à même de diffuser correctement l'enseignement de mon maître à travers les stages, conférences et séminaires que je donnais à partir de cette date ainsi que dans les articles que j'écrivis dans de nombreuses revues.

Mon séjour en Californie se partagea entre les visites à Rudhyar, les rencontres avec les autres disciples de Paramahansa Yogananda, la découverte de la mouvance du Nouvel Age, un approfondissement de ma recherche dans tous les domaines. Il m'arrivait souvent, en rentrant de chez Rudhyar, de m'arrêter à Menlo Park pour passer des heures dans la librairie East-West Bookshop où je trouvais des trésors inconnus en France. Avec Rudhyar, nous fîmes un pélerinage à Big Sur, que je raconte dans un article publié dans la revue "D'Ames et d'Hommes" : D'Henry Miller à Dane Rudhyar.

Retour en France

Au bout de quelques mois, je voulus rentrer à Paris pour liquider mes affaires et revenir m'installer définitivement en Californie. Je pensais faire un aller-retour et rester une quinzaine de jours au plus en France. Je me dis que, tant qu'à faire, je pourrais profiter de ce séjour pour donner une conférence sur Rudhyar et faire, peut-être, quelques consultations. Quand j'étais parti en Inde puis aux Etats-Unis, 2 ans plus tôt, j'avais laissé ma clientèle qui devenait tout de même conséquente et je pensais qu'après une absence aussi longue, il me faudrait tout redémarrer à zéro si jamais je voulais me réinstaller sur Paris. Je demandais à mon ami, le psychanalyste Claude-Marc Perrot, de m'organiser une conférence au Centre Galande qu'il avait créé de nombreuses années plus tôt. Avant mon départ, je travaillais en tant qu'astrologue dans le cadre de cette association qui faisait figure de pionnier dans le domaine du développement personnel tel qu'on l'entend aujourd'hui.

Quand j'arrivais à Paris pour cette conférence, je fus étonné par la foule qui m'attendait dans le petit appartement de la rue Valentin-Haüy, siège de l'association. Dans la pièce qui servait de lieu de conférence, de cours ou de stage, les gens étaient serrés les uns contre les autres, certains n'avaient pu rentrer et s'étaient agglutinés dans le couloir. Vainquant la timidité qui m'a toujours habité - il me fallait, surtout à cette époque faire un violent effort sur moi-même pour sortir de ma Maison XII mais ma foi m'emporter vers l'extérieur - je me lançais. Progressivement, j'étais emporté par mon enthousiasme et je sentais les personnes devant moi complètement en résonance avec ce que je disais et la vision que je proposais de Rudhyar semblait rencontrer l'adhésion. Quand j'eus terminé après la lecture enflammée d'un passage de "Directives for a new life", la salle éclata en applaudissements. Jamais, jusque-là, je n'avais ressenti avec autant de force ce que voulait dire "être un canal". Ce soir-là, non seulement je m'étais vraiment mis au service de Rudhyar et de l'évolution de la conscience mais j'avais aussi découvert que j'étais moi-même.

La demande de consultations, de cours et de séminaires fut tel que je restais 3 mois à Paris pour y répondre. Je sus alors que ma place était là, en France, et que les Etats-Unis étaient avant tout un lieu de ressourcement et de découvertes. Je fis encore 2 fois ces navettes entre Paris et la Californie consacrant mon temps à Rudhyar quand j'étais outre-atlantique et à mon travail d'astrologue quand j'étais à Paris.

A la fin de 1982, je rentrais définitivement en France et alors commença réellement mon travail de diffusion de la pensée de Rudhyar et d'enseignement. Pascale Bergeron, qui venait de créer son école d'Astrologie sur Lyon, me demanda de venir enseigner chez elle. Tout un mouvement lié plus ou moins à la dynamique du Nouvel Age se développa sur la France et en Europe et des centres de stages et de lieu d'enseignement de toutes sortes de disciplines de développement personnel se créèrent un peu partout. Pour ma part, je collaborais avec Corps et Energie d'Evelyne et Alain Chevillat qui furent également à l'origine de la revue "Sources" qui informait sur tous ces sujets et, surtout, faisait un lien entre les enseignements de l'Orient - particulièrement de l'Inde - et l'Occident. Je trouvais naturellement ma place dans cette approche. (Pour la petite histoire, Alain et Evelyne partirent ensuite quelques temps en Inde et, quand ils revinrent, créèrent "Terre du Ciel").

Jusqu'à sa mort, en 1985, je restais en contact épistolaire avec Rudhyar et continuais à bénéficier de ses précieux conseils. Aujourd'hui, il est plus que jamais présent en moi, tout comme Germaine Holley et Charles Vouga. Même si j'ai fini par trouver, avec l'Astrologie Transpersonnelle, mon propre mode d'expression de ce qu'ils m'ont transmis, je leur suis fidèle comme en Inde un disciple l'est par rapport à ses maîtres.

Les cieux extérieurs sont un poème que répète le ciel intérieur.
Mais cette voix silencieuse ne peut être entendue que par ceux
qui ont le courage, l'audace et la persévérance
de marcher pas à pas sur la route illuminée. (D.R.)



La page du site de Samuel dont est extrait cet hommage à Rudhyar est la suivante :
http://csdjian-cret.com/dane_rudhyar.htm

 




8. Rudhyar Tribute - contribution de Patana Usuni

Patana Usuni - astrologue américain - Austin - Texas


POURQUOI DANE RUDHYAR VIVAIT-IL ?

Ceux d'entre nous qui sont familiers de Dane Rudhyar le connaissent principalement pour son travail de pionnier-semence dans la reformulation de l'astrologie moderne. Aujourd'hui, le résultat de son dur labeur a virtuellement pénétré tout le champ de l'astrologie, que ce soit directement ou indirectement, que les résultats en soient évidents ou plus en arrière-plan. Et ce, bien que l'astrologie n'ait pas été sa vocation première, ni la seule.

Au cours de sa très longue vie, son activité créatrice s'est exprimée dans plusieurs secteurs, composant une tapisserie aux entrelacements complexes. Dans son domaine initial d'expression productive, celui de la composition musicale, il était reconnu appartenir au courant de la "Nouvelle Musique Moderne" et le concert où l'on joua ses compositions à New York le 4 avril 1917, fut le premier où l'on entendit de la musique polytonale dissonante aux Etats Unis. Parallèlement à son intérêt pour la musique, il commença à écrire de la poésie qui n'était pas conforme aux traditions littéraires établies ou disons qui ne cadraient pas avec les formes ésthétiques en vogue. Deux dizaines d'années plus tard, à Santa Fé, au Nouveau Mexique, il commençait à peindre et il a été tout de suite associé au Mouvement d'Art Transcendental. Et puis il fallut encore une trentaine d'années pour que son oeuvre astrologique soit entendue comme faisant partie de la mouvance du développement du potentiel humain et soit associée aux mouvements New Age. Et tout au long de ces décades on peut voir qu'un même fil se dévide au coeur de l'oeuvre de Rudhyar.

L'hommage qui lui est rendu ici pour son centenaire est une excellente occasion pour explorer la nature de ce fil et pour répondre à la question titre de ce texte : "Pourquoi Dane Rudhyar vivait-il ?".


Avant de commencer l'exploration propre, il convient d'examiner les lieux où ce fil prend racine et se poser la question de savoir quels en furent les développements subséquents. La force qui a guidé Rudhyar tout au long de sa vie est ancrée dans deux prises de conscience lorsqu'il avait 16 ans : la première - qui avait deux parties - était que le Temps est cyclique et que la Loi des Cycles contrôle toutes les civilisations ainsi que l'existence toute entière ; la seconde était que la civilisation Occidentale s'approchait de la "phase automnale" de son existence. Au départ, ces prises de conscience étaient spontanées et intuitives, bien que très influencées par une exposition aux écrits de Friedrich Nietzsche - le dernier et le plus influent philosophe du tournant du 20ème siècle, qui, au milieu de bien d'autres choses, encourageait à la réévaluation de toutes les valeurs. En tout cas, ces deux prises de conscience déclenchèrent chez Rudhyar la nécessité de se dissocier de l'Europe et de partir en quête d'un "Nouveau Monde" où il pourraît aller planter la semence qu'il se sentait être, portant avec elle l'héritage de tout ce qui était viable et constructif dans le passé de l'Europe. C'est ainsi que l'idéal de "l'homme-semence" grandit dans sa conscience et que se mit en forme le "thème central" qui domina et pénétra toute sa vie et tout son travail par la suite.

En 1916, à 21 ans, Rudhyar se consacra à son idéal et à son choix d'être-semence en quittant la France, son pays de naissance, pour aller aux Etats Unis, s'étant reconnu comme "une semence portée par les vents au-dessus de l'océan ... destinée à aller se planter dans le sol fertile et vierge d'un "Nouveau Monde" ". Et c'est là que de 1917 à 1928, il fit des études longues et approfondies en disciplines variées : les philosphies Orientales et occultes, la musique Orientale, l'astrologie, etc ... La Théosophie de "La doctrine secrète" d' H.P. Blavatsky joua un rôle tout à fait spécial dans la plupart de ses développements ultérieurs. Au début des années 1930, il étudia parmi d'autres domaines, la psychologie des profondeurs - particulièrement la Psychologie Analytique de Carl Jung - les nouvelles physiques Einsteiniennes et un livre qui eut sur lui un effet catalytique : "Holism and Evolution" de Jan Smuts. Evidemment, toutes ces études ne visaient pas à accumuler une masse de données et/ou d'informations. Plutôt, Rudhyar s'engageait consciemment dans une voie qui consistait à développer pour lui-même une "plus haute" forme d'opérations mentales, capables de traiter de principes fondamentaux, universels, spirituels et métaphysiques, ainsi que des processus cycliques. Plus tard il définit cette haute activité mentale comme suit : "Clairthinking", c'est à dire : l'expérience directe des idées.

Pendant qu'il intégrait ses études à son idéal de semence, Rudhyar commença a sentir que son destin était d'élaborer une reformulation créative et synthétique des principes occultes et métaphysiques anciens et traditionnels. Le but de cet effort était de favoriser le "clairthinking" chez les autres, de façon à les aider à développer un "esprit de Totalité" individuellement et collectivement. Ce destin devint alors l'essence et le germe de l'idéal qu'il s'était choisi, celui de l'être-semence. Tandis qu'au cours des années, Rudhyar mettait tous ses efforts à incorporer les aspects de sa reformulation globale dans la musique, l'astrologie, les arts, la poésie et la littérature, un diffusion complète et compréhensible de ses recherches n'intéressait pas grand monde. Il ne trouvait ni éditeur, ni public réel qui soit intéressé par son travail. Ce n'est qu'en 1970 que des possibilités de publication se présentèrent à lui pour "Vers une conscience planétaire" (Planétarisation), qui fut à l'origine de la publication d'une série de livres dédiés à une "philosophie de Totalité opératoire". Cette démarche inclut "We can begin together again", "Préparations spirituelles pour un Nouvel Age", "Culture, crisis and creativity", "Un nouvel homme pour un Nouvel Age", "Le rythme de la Totalité" (Rythme) et "The fullness of human experience". Planétarisation et Rythme sont les fondations, tandis que les autres servent de piliers encadrant les différents aspects et les angles de la structure.

Bien qu'il soit correct de parler d'une philosophie de la Totalité opératoire, il semble que les écrits de Rudhyar soient plus artistiques et musicaux dans leur forme que peuvent l'être les théorisations critiques et/ou analytiques habituelles. Ses mots semblent rayonner de teintes iridescentes, illuminant un clair-obscur aux multiples profondeurs ; ils vibrent avec le son et sa prononciation et coulent en vagues de sens. Evidemment, cela n'a rien à voir avec les trucs académiques habituels et d'ailleurs ce n'est certainement pas ce que Rudhyar cherchait à faire. Non, c'était une démarche de "libération automnale" d'"idées-semence" : des idées et des symboles nouveaux d'ordre, de relations, d'accomplissement et de plénitude globale, comme autant de germes prêts à féconder le futur. Bien sûr présenter ou même essayer de résumer la vision du monde complète de Rudhyar va bien au-delà du contexte de ce court essai. Donc, à la place, je vous propose une sorte de survol extrêmement condensé et essentialisé du message qui me semble parler au travers de sa philosophie ...


Le meilleur endroit pour commencer me semble être l'évolution humaine et planétaire. Géologiquement parlant et jusqu'à récemment, l'évolution planétaire a représenté essentiellement l'évolution de la vie. Cependant, avec le développement de ce que l'on appelle "l'humanité" (et il est possible qu'il y ait eu d'autres "humanités"), un autre facteur vient s'ajouter, l'évolution humaine, qui devance maintenant l'évolution planétaire. L'évolution humaine est constituée du processus de "civilisation". Et son objectif est le dévoloppement, chez les êtres humains, de la capacité de fonctionner à un niveau d'existence transcendant, dans un champ organisé de conscience et d'activité, qui se base et qui dépend d'un type de substance supraphysique. Il implique essentiellement un glissement dans la conscience et l'identité humaines de leur position géographique actuelle au niveau biopsychique de la nature terrestre, vers ce qu'on pourrait appeller le niveau "spirituel-mental". Ce processus et son achèvement ont de multiples aspects qui requièrent pour exister une longueur infinie de temps - qui va, et de loin, au-delà des quelques millénaires que l'humanité a déjà vécu. Le processus de civilisation agit au travers du fonctionnement de grandes sociétés ou "touts-culture". Un tout-culture peut être défini comme étant un champ organisé - et même 'organismique' - d'activités humaines collectives, intégré par un sentiment de communauté dans lequel on retrouve des traditions philosophiques, religieuses et psychologiques et des buts communs. A l'origine, le tout-culture est installé sur un lieu géographique spécifique, avec un climat particulier, une faune et une flore ; il est aussi capable de s'étendre jusqu'à inclure un grand nombre de territoires, comme par exemple le fit le tout-culture Européen pendant les 500 dernières années et aussi l'Islamique, pendant les siècles précédants.

Au cours de la vie complète d'un tout-culture, on peut remarquer habituellement 4 périodes, au moins en théorie. La première est dominée par une activité physique et biologique : l'établissement sur une terre, les moyens de production, le développement d'une 'nouvelle population', etc ... C'est le temps d'un désir de vie, de force et de dynamisme. La seconde période est marquée par la stabilisation et la consolidation. Institutions, lois, dogmes, etc ... sont formalisées dans le but de cultiver, préserver et affiner les valeurs acquises au cours de la période précédente. Elles servent alors de mouture à une orientation spécifique de comportements, de pensées et de sentiments collectifs et fournissent un mécanisme, une façon de faire, permettant la perpétuation du tout-culture lui-même. L'échange est la clef de la troisième période : le commerce commence à se développer et à dominer. Il y a échange interpersonnel et interculturel à tous les niveaux, qui ne conduit pas seulement à une expansion de la production, mais aussi du savoir, des désirs et des possibilités. Cette expansion distend graduellement les vieilles moutures, qui peuvent éventuellement perdre leur élasticité. Et elles finissent par casser une fois que les valeurs centrales et les symboles perdent leur caractère sacré ainsi que leurs derniers lambeaux de crédibilité. La quatrième période commence au moment où les sacrosaintes anciennes façons de faire liées au sacré sont de plus en plus distordues et vulgarisées. Toutes les restrictions intellectuelles, émotionnelles, sexuelles, comportementales et sociales se détériorent graduellement, en même temps que le désordre et la confusion augmentent. Alors, tout et n'importe quoi devient possible.

En réponse à ce trouble et à cette agitation une radicalisation du phénomène évolue doucement. Une grande majorité de gens deviennent - à des niveaux différents - aculturés, mais aussi dépersonnalisés : ils deviennent des unités statistiques, des gens réduits à leur état de "votants". Leurs vies sont de plus en plus hantées, possédées et conditionnées par un insatiable désir d'argent, une addiction semblable à l'alcoolisme. En conséquence de quoi ils pensent avoir une liberté illimitée de choix, mais leur vie devient de plus en plus vide de sens. Bien sûr, d'autres personnes comprennent l'acquisition de la liberté tout à fait différemment. Ils comprennent qu'elle peut servir de fondation à un changement fondamental et ils utilisent cette liberté toute nouvelle à transférer leur allégeance d'un tout-culture en désintégration vers une réalité plus haute. Laquelle peut être définie de différentes façons, mais elle correspond principalement à la potentialité d'actualisation de l'espèce humaine considérée comme un royaume en soi. Dans son inclusivité totale, cette potentialité humaine pourrait être appellée Anthropos.


C'est le but de l'évolution humaine, que d'actualiser Anthropos au travers d'une longue série de tout-cultures dont chacun d'entre eux lègue quelques semences qui germineront, structureront et donneront un cadre à un nouveau tout-culture. Afin de transmettre sa fidélité à Anthropos et à l'évolution humaine, l'homme doit faire le choix de la semence. Par contre, sous la contrainte d'une liberté illimitée acquise par une vie "déstructurée", la seule issue possible est la voie de la feuille, aussi belle et colorée qu'elle puisse être, car elle se désintègrera pour devenir humus et fera partie de ces éléments rudimentaires à l'origine d'une vie nouvelle. Le choix de la semence ou le choix de la feuille, c'est le seul choix qui nous est proposé pendant la période automnale d'un tout-culture. La voie de la semence est la voie avatarique. Le temps de préparation à cet état est long et ardu, de façon à ce que Anthropos et l'évolution humaine puissent opérer au travers (trans) de l'être d'une personne : ainsi, trans + personne = transpersonnel. Essentiellement, ceci correspond à établir une relation consciente avec Anthropos et ensuite à devenir un aspect de lui qui a une place et une fonction au sein d'un plus grand tout, celui de l'Etre-Terre. Cette fonction est représentée par un quaternaire spirituel (SQT) associé à chaque personne.

Le SQT consiste en :

- une Qualité Spirituelle (SQL), représentant l'essence et la substance d'une potentialité divine ;
- un principe d'individualisation, le pouvoir intégrateur et rythmique nécessaire aux deux pour extérioriser le SQL et centrer la personnalité de chaque être humain ;
- un esprit archétypique qui crée un "champ directeur" qui donne forme au SQL et aussi une structure à chaque être ;
- et le pouvoir universel de la divine Compassion, c'est-à-dire la fondation et tout ce qui est nécessaire à tous les modes d'existence.
La voie transpersonnelle est l'effort conscient et déterminé, consacré à accomplir la fonction représentée par ce SQT pendant l'époque historique que nous vivons tous.

L'époque actuelle est marquée non seulement par la détérioration lente des touts-culture Européens et Euro-Américains, mais aussi par la désintégration qui se profile à l'horizon de tous ceux existant : ceux d'Asie de l'Est, du Sud, l'Islamique, ceux d'Afrique et ceux des Indiens d'Amérique ... et bien d'autres touts-culture se trouvent tous à différents niveaux de désintégration. De tous ces vastes humus en formation, Rudhyar suggère qu'un nouveau tout-culture cherche à émerger, qui serait d'envergure planétaire. Evidemment, une telle nouvelle société globale n'apparaîtra pas spontanément, mais pourrait être envisagée comme semée par des "groupes-semence". Cette dernière serait composée de personnes individualisées qui se consacreront à l'évolution de leur personnalité et à la transformation des relations humaines - et au-delà planétaires - afin que "tout changement naisse des relations entre eux". Ces creusets de mutation, en accord avec l'actualisation d'Anthropos, pourraient alors former les germes ou les pierres de fondation d'un nouveau tout-culture. De toutes façons, alors qu'il ne pouvait prévoir en détail ce qui devrait advenir - qui pourrait ? - Rudhyar a quand même esquissé quelques principes de base qui semblent pertinents pour l'ère à venir : le nouveau tout-culture (ou société) ne serait pas homogène. Par contre, il incluerait toutes personnes, peuples et cultures variant selon leur localisation, comme étant les parties distinctes et significatives de la "communauté-Terre" ; il serait basé sur l'amour et la plénitude, plutôt que sur les principes de peur et de manque qui prévalent aujourd'hui. La politique serait remplacée par la gestion du pouvoir et des ressources, une gestion servant les buts du Tout-planète "parce qu'il fait plaisir à la Terre d'être traitée ainsi". Ce serait une société où les deux droits - le droit d'une communauté à pousser à une productivité optimum qui assure le bien-être de tous ses membres et le droit de la personne à devenir un individu, centré sur sa propre identité spirituelle - sont synthétisés, harmonisés et maintenus opératoires. Une telle société serait soutenue par des individus accomplis, tous totalement conscients et intérieurement libres, qui pour leur part seraient inspirés par la société à accomplir dans les faits chacune de leurs places et de leurs fonctions, en tant que partie de cette nouvelle société globale. Au final, cela nourrirait et inspirerait l'accomplissement d'Anthropos au sein de l'Etre-Terre et au-delà, l'Etre-Terre lui-même, au sein du Tout encore plus grand de l'Héliocosme (le tout-système solaire).

Cette référence constante au souvenir de "Touts plus grands" imprègne la philosophie de la Totalité opératoire. Toute existence, de quelque taille qu'elle soit, vient à la vie comme faisant déjà partie d'un quelconque tout plus grand. En même temps, chaque existence est plus grande face à de plus petits touts. Conséquemment, chaque être est à la fois un plus grand tout et un sous-tout et il forme en lui-même une hiérarchie de touts, une holarchie. Cependant, cette holarchie est plus une instance qui circonscrit qu'un tout qui dirige les touts qui la constituent. Aucun tout plus grand n'a de détermination aussi juste, inflexible et absolue en ce qui concerne ses sous-parties. Tandis que le plus grand Tout a un niveau de conscience et d'activité plus inclusif que ses multiples sous-touts. A des degrés variés, un tout plus grand structure et conditionne la vie de ses sous-touts, ainsi le dernier affecte le travail des précédants. Cette organisation holarchique donne à chaque être une place et une fonction à l'intérieur d'un tout plus grand et du coup, une potentialité et un sens !

Mais le sens recquiert une certaine qualité de conscience qui soit humain. Tandis que tous les touts ont une sorte de conscience appropriée à leur propre niveau d'existence, ce n'est qu'au niveau de l'humanité que la conscience "réfléchie" est atteinte. C'est la conscience capable de développer le sens. Néanmoins, tout ce sens et tous ces efforts servent à accomplir le but d'Anthropos. La compréhension de ce but va augmentant, tandis que chaque personne accorde son sens d'existence et ses activités au niveau du SQT qui lui est associé. Car si (et quand) une personne s'est individualisée, alors elle ressent le SQT et aspire à ce "grand Tout" de façon immédiate et essentielle. Personne ne "possède", ni "a" de SQT ; au contraire, c'est la personne qui lui appartient. Pour le dire d'une façon plus directe : chacun de nous est responsable envers un SQT, parfois même appellé de façon imprécise : le "grand Soi". Le SQT représente la réponse compassionnelle à l'appel cyclique à une expérience plus inclusive de totalité et d'existence signifiante. Pour mettre notre conscience en accord avec cette réponse à l'appel et la vivre dans notre vie de tous les jours, il faut emprunter la voie de la semence, de l'avatar, le chemin joyeux de la participation consciente et de l'accomplissement en Anthropos et en l'Etre-Terre - c'est la voie transpersonnelle.



Ceci nous amène à la fin d'un message trop bref et très abstrait sur la philosophie de la Totalité opérative. Comme je n'ai pas assez d'espace dans ce Rudhyar Tribute pour parler de tout ce dont j'aurais envie, je prends l'option de m'en tenir au plus important : le "cycle d'être et le mouvement de la Totalité". Mais c'est seulement pour faire allusion à la richesse de sens, de compréhension et de guidance qui peut être récoltée par une étude des écrits de Rudhyar.

Alors pour finir, je souhaite aborder la relation que l'oeuvre astrologique de Rudhyar entretient avec la philosophie de la Totalité opérative. Si la philosophie fournit la structure et le pourquoi, l'astrologie donne le chemin à emprunter. Même si l'astrologie n'est pas le chemin en elle-même, elle suggère quand même la façon dont nous pouvons nous orienter, notre type de conscience et d'activité, pour que nous puissions trouver notre chemin et notre champ de guidance. Pratiquer l'astrologie de cette façon n'est pas spécialement aisé. En fait le client initial et le plus fondamental d'un astrologue est lui-même (ou elle-même). Par une pratique sincère et consacrée d'abord à lui-même, l'astrologue peut éventuellement devenir quelqu'un capable de rendre service utilement aux autres. Il n'est même pas absolument nécessaire de travailler avec des thèmes astologiques pour utiliser les travaux de Rudhyar. Les principes et les idées de base sont des affaires de la plus grande importance. Les livres d'astrologie de Rudhyar sont d'une grande aide pour comprendre les principes cardinaux, mais "Triptyque Astrologique" et "12 Qualities required for the Spiritual life and their Zodiacal correspondances" - dans la partie "Astrological insights into spiritual life" sont les plus utiles pour pratiquer la voie transpersonnelle dans la vie quotidienne.

En produisant à la fois une philosophie pleine, globale et orientée sur le futur, ainsi qu'une façon de la pratiquer, Rudhyar est entré dans le cercle très très restreint de ceux qui en sont capables. La plupart des philosophes ne donnent pas de façon de pratiquer leur pensée et d'autre part, les yogis et les penseurs de la psychologie ne produisent pas de philosophie. Pour autant que je sache, il n'y a qu'une seule autre personne à avoir proposé cette combinaison au 20ème siècle : le grand philosophe-prophète Indien, yogi et poète, Sri Aurobindo.

En toute circonstance, l'idéal qui donnait du pouvoir à la vie qui était celle de Rudhyar, était celui de l'"homme-semence". Cette vie était consacrée à la libération d'"idées-semence" capables quant à elles, de féconder la formation potentielle d'autres hommes et femmes-semences. Parce que si au cours d'une période automnale, aucune semence ne se forme ni se libère, comment peut-il y avoir quelque nouvelle croissance au cours d'un printemps qui semble si éloigné qu'on a peine à l'immaginer.


Réfléchir au cours des saisons ou aux cycles peut sembler fantasmagorique à certains et même à la plupart d'entre nous. Mais en son centre, au coeur de ses coeurs, la semence sait ce qu'il en est ! Elle se prépare dans des profondeurs insondables de sérénité et de foi, tandis que les feuilles célèbrent l'automne resplendissante et colorée, oublieuses de l'hiver à venir. En leur temps, les orages d'automne viendront et tout de suite après les rafales glacées de l'hiver. Et pendant ces circonstances saisonnières, la semence attend patiemment, car elle porte en son sein vision, promesse et confiance en le futur.

"La semence ou la feuille ?"
c'est le message que nous donne la vie de Rudhyar
"Qui écoute - maintenant ?"
"Qui répondra ?"


On peut lire la contribution de Patana Usuni en anglais dans le Rudhyar Tribute à cette page :
http://www.astrologie.ws/rudh03.htm





9. Rudhyar Tribute - contribution d'Alexander Ruperti

Alexander Ruperti
Astrologue Suisse - décédé le 18 janvier 1998

Dane Rudhyar  23 mars 1895 – 13 septembre 1985
Un homme-semence pour une nouvelle ère



Dane Rudhyar, Musicien, Artiste, Philosophe, Poète, Astrologue, mon ami et enseignant depuis 1936, a terminé l’œuvre de sa vie le 13 septembre 1985 et il est parti en laissant derrière lui un grand nombre de semences qui, espérons-le, germineront dans les années à venir.

Relativement peu d’astrologues semblent comprendre l’importance de sa contribution à la compréhension humaine en cette période de transition vers un monde potentiel de valeurs nouvelles, capables de transformer radicalement notre vie sur cette terre. Pour beaucoup d’entre eux, Rudhyar était juste un astrologue axé sur la philosophie et la psychologie, difficile à comprendre, mais ayant élaboré quelques techniques qu’ils ont utilisées, tout en restant dans leur approche classique de l’astrologie, de la vie et de l’univers …

Le message de Rudhyar c’est que nous vivons aujourd’hui une phase de transition importante dans le  développement de l’humanité, au cours de laquelle nous devrions apprendre à penser, ressentir et agir pour créer notre futur commun tous ensemble. Un besoin se fait sentir d’un nouveau mentat, c’est-à-dire d’une nouvelle façon de penser, tandis que se fait sentir aussi le besoin de sentiments nouveaux, détachés des valeurs exclusives de nos cultures spécifiques, mais adaptés aux besoins et aux buts de l’humanité en tant que tout – entendue comme un être spirituel au sein duquel nous avons chacun des fonctions particulières à remplir. Et il y a encore un autre besoin : agir avec la conscience du but – un but qui ne soit pas dédié à nos désirs égotiques, mais à la finalité de notre vie en tant que membres d’une humanité globale. C’est ce que Rudhyar appelle « participation au Plérome ».

Selon Rudhyar, la fonction de base de l’humanité au sein de l’évolution entière de notre planète est la suivante : être le procédé de transition entre un état d’être enraciné dans la biosphère et un état suprahumain où l’unanimité consciente prévaut. L’homme évolue pour cela d’un état tribal inconscient d’unanimité, au travers de l’expérimentation des différences individuelles et culturelles, à un nouvel état d’unanimité au sein duquel tous les « Je » agissent en tant que « Nous ». Nous avons atteint un stade où nous sommes en empathie avec nos différences individuelles, lesquelles reflètent notre empathie avec nos différences nationales. C’est pourquoi nos devons porter notre attention sur la réalité qui viendra ensuite : celle où nous aurons à travailler pour l’unification (et non la dissolution) de nos particularités individuelles et culturelles dans un nouveau cadre de référence où nous aurons conscience que la Terre est un tout, un Être, au sein duquel nous avons des rôles spécifiques à jouer.

La découverte de trois nouvelles planètes au cours des trois derniers siècles – et la découverte probable au cours du siècle à venir (le 21ème siècle) d’une quatrième que Rudhyar a proposé de nommer Proserpine – est le signe et le symbole de l’importance de cette immense transition que nous sommes en train de vivre. En fait, rien de tel n’est arrivé dans le passé, c’est pourquoi les valeurs traditionnelles ne peuvent l’expliquer.

Rudhyar a utilisé l’astrologie comme moyen d’atteindre un maximum de personnes, de même que H.P. Blavatsky utilisait le spiritualisme pour faire la même chose. Le message de Rudhyar n’est pas astrologique en soi. Mais l’astrologie telle qu’il la présente peut être un excellent moyen pour permettre aux gens de s’orienter à l’intérieur de cette période de transition et d’assumer le processus nécessaire à la transformation de leur vie personnelle en vie transpersonnelle. Mais ce qui était vraiment important pour Rudhyar, c’était d’amener les gens à changer leur vie pour qu’elle corresponde au besoin de l’humanité en tant que tout - et d’acquérir des valeurs et un but complètement nouveaux. Tout ceci basé sur la prise de conscience que l’Homme peut devenir non seulement plus que ce qu’il est, mais que c’est sa fonction que de le faire.

À cause de la signification péjorative habituellement attribuée à la « nature humaine », peu d’entre nous savent ce que représente être vraiment « humain ». Être humain, c’est prendre conscience du fait que notre dharma consiste à devenir plus qu’humain. La réalisation totale de l’état d’être humain en tant que Soi avec un S majuscule, conduit à la prise de conscience que ce Soi n’est pas séparé, mais inclus dans tous les autres Soi et constitue ce que Rudhyar appelle : l’Homme avec un H majuscule. C’est ce que dit avec d’autres mots l’écrivain français Saint Exupéry : « L’individu est un chemin ; mais l’Homme est le seul qui puisse l’emprunter ». En fait, il parle de l’état « transpersonnel », un mot très à la mode aujourd’hui, mais dont pratiquement personne ne comprend le sens exact. Rudhyar suggère que la naissance donne tout simplement  à l’être humain la possibilité de considérer sa vie toute entière comme un processus de transformation. Ce qui lui permet de vivre sa vie au travers de ce processus de transformation, consciemment ou pas, rapidement ou pas, peu importe. Ce processus est une série de mouvements et de changements en interrelation, qui ont une source et un but à accomplir. Hommes ou femmes peuvent effectuer ce processus de base qui constitue la condition humaine et le faire consciemment et délibérément. C’est le destin humain, le dharma de l’Homme.

Les plantes et les animaux ne peuvent vivre de cette façon. L’homme le peut, parce qu’il est libre de ne pas le faire. C’est la liberté humaine – bien qu’elle soit relative. Le sens donné à « nature » et « nature humaine » a beaucoup évolué au cours du 20ème siècle. C’est une des raisons pour lesquelles l’interprétation astrologique et l’utilisation que l’on en fait devraient changer les procédures de compréhension classiques. Il faudrait les faire passer du niveau où les événements matériels ne sont pas reliés entre eux, fatalistes et vides de sens, à un niveau où ils sont entendus comme les phases d’un processus, reliés les uns aux les autres, nécessaires et signifiants, aussi difficile que puisse être la rencontre avec ces événements. Un niveau où la vie est entendue comme un processus global au travers duquel ce qui était potentiel à la naissance peut être actualisé.

Dans des centaines d’articles et un certain nombre de livres, Rudhyar a tenté d’unifier la symbolique astrologique et les découvertes les plus profondes et les plus éclairées de la psychologie. Le résultat a été toute une série de techniques et de réinterprétations de la tradition, permettant de construire une pratique de l’astrologie à un nouveau niveau d’interprétation plus en phase avec la qualité de compréhension humaine de son époque. Ces techniques nouvelles sont basées sur la connaissance du déploiement structurel de processus tels que celui du cycle de la lunaison, du cycle de lunaison progressée (directe et converse), de l’interprétation des aspects comme phases de cycles. Le but de la consultation astrologique est de révéler la signification d’un thème, plutôt que de prédire des événements. Ainsi, l’interprétation du thème natal, plutôt que d’établir objectivement le caractère d’une personne, devient un éclairage sur ce qui devrait être accompli par cette personne pour devenir ce qu’elle est potentiellement. Toutes les différences individuelles viennent de l’utilisation que fait chacun d’entre nous de sa nature humaine et du but que nous nous sommes fixé. Selon nos choix en la matière, nous pouvons nous adapter à nos rythmes biologiques, à nos valeurs socioculturelles, à nos buts individuels et aux nécessités transpersonnelles qui sont les nôtres. Et ce n’est pas le thème natal qui peut nous le dire. Tout dépend du niveau auquel chacun d’entre nous est capable de fonctionner – et il est possible de fonctionner à quatre niveaux au cours d’une vie ... Ce qui veut dire que les significations données aux planètes et aux signes ne peuvent pas être statiques. Tous les facteurs astrologiques peuvent être interprétés aux quatre niveaux et peuvent être positifs et négatifs selon l’utilisation que l’on en fait. Évidemment, dans l’absolu, rien n’est positif ou négatif et rien n’est déterminé depuis la naissance. La naissance est le début d’un processus dynamique qui devrait être vécu en conscience et tourné vers sa finalité. Astrologiquement cela veut dire voir le thème natal, ses progressions et ses transits, comme le moyen d’agir toujours au bon moment et de la façon la mieux adaptée, afin de faire de toute potentialité une réalité. Et cette potentialité ne consiste pas seulement à devenir une personne « meilleure » ou plus puissante en termes socioculturels. Il s’agit du développement de la personnalité en tant que moyen d’accomplir sa finalité, c’est-à-dire sa condition suprahumaine.

Le besoin de se sentir en sécurité en voyant de l’ordre dans l’existence est le besoin basique de l’homme. Au travers de l’histoire et à différents niveaux, l’astrologie a tenté de répondre à ce besoin. Ca fait un certain nombre de siècles que la perception de l’astrologie en matière d’ordre céleste est à la base de toute culture, religion et science. Mais il n’existe pas d’astrologie avec un A majuscule. À chaque époque, l’astrologie du moment était une réflexion sur le genre d’ordre que chaque culture voyait dans les mouvements célestes, du type de relations que la culture formulait entre le ciel et la terre. Aujourd’hui, selon le nouveau type d’ordre envisagé par l’astro-physique, l’interprétation de tous les champs de force de l’univers est vue comme des touts à l’intérieur d’autres touts et nous pouvons dire que notre sécurité nous la devons à la réalisation de tout ce qui a ordonné et organisé le système solaire (le plus grand tout pour la terre) et les mouvements des planètes, qui mettent en ordre le processus d’existence sur terre. Il n’est donc plus besoin d’utiliser les théories sur les influences planétaires ou sur les énergies pour justifier l’astrologie. Nos perceptions culturelles de l’ordre céleste – le système solaire – est pour nous le symbole d’un plus grand tout dans lequel nous « vivons et nous mouvons et où se trouve notre vie ».

Les signes du Zodiaque, les Maisons, les planètes, les aspects, sont tous des symboles dérivés des faits de notre culture astronomique sur les mouvements célestes. Il y a des moyens pour comprendre comment notre terre et tout ce qui y vit, agit en relation avec le grand tout (système solaire), dont les rythmes sont synchrones avec le processus cyclique discernable dans les collectivités humaines et dans les vies des personnes individuelles. Nous ne sommes pas influencés par le système solaire. Il existe un plus grand tout – la galaxie - dont le système solaire est une partie. L’astronomie moderne ne peut plus aller plus loin dans sa vision holarchique de l’univers, mais à chaque niveau, c’est le grand tout qui nous permet de comprendre les principes de base et les activités fonctionnelles qui opèrent partout selon des rythmes analogues ou en correspondance. Les rythmes discernables au niveau du système solaire avec ses planètes sont identiques aux rythmes discernables dans la vie sur terre. Nous interprétons ce fait en disant que les planètes « symbolisent » cela sur terre et dans les êtres humains.

Chaque planète, la terre incluse, a une fonction définie à réaliser au sein du plus grand tout qu’est notre système solaire. Chaque être humain a une fonction à réaliser au sein du plus grand tout qu’est l’humanité. L’humanité a une fonction à remplir au sein du destin de notre terre. Notre job en tant qu’êtres humains est de prendre conscience de ces différentes fonctions et d’agir en accord avec elles. C’est pourquoi l’astrologie peut être une forme très pratique d’« occultisme » permettant à chacun d’entre nous de vivre en accord avec le véritable but de notre existence sur cette planète. L’astrologie de Rudhyar est adaptée à ce propos et à ceux d’entre nous qui le souhaitent et sont capables, au niveau de l’évolution humaine où ils se trouvent, de transformer les désirs de notre ego en volonté de vivre pour notre finalité.

Le thème de naissance n’est pas une possession personnelle décrivant ce que nous sommes et comment nous nous différencions des autres. C’est un instantané de l’univers au moment où nous sommes nés, vu de l’endroit où nous sommes nés. C’est pourquoi il symbolise le besoin du plus grand tout auquel nous pouvons donner une réponse. Il nous dit pourquoi nous sommes nés. Les progressions et les transits nous montrent quand et à quelles conditions nous pouvons actualiser progressivement les qualités d’être et d'agir nécessaires à combler le besoin pour lequel nous sommes nés. Quand nous avons des problèmes et que nous nous rendons chez un astrologue, la dernière chose à faire selon Rudhyar, est d’évoquer la signification d’une situation qui serait en relation avec le but potentiel de notre vie. Cette signification est révélée par les phases du processus cyclique qui commence le jour de notre naissance et que nous sommes toujours en train de traverser. Les phases des différents cycles sont éclairées par les progressions et les transits et ce sont eux qui nous révèlent ce qu’il faudrait faire à un moment donné, si nous le souhaitons. Je dis bien « faudrait » pour marquer la différence qui existe entre les différents niveaux et les différentes personnes. Il n’y a effectivement jamais un seul niveau et une seule interprétation à donner au « faudrait ». L’astrologue doit être assez sage pour utiliser son ressenti, son intuition et sa raison pour se mettre en phase avec le niveau où la personne peut agir positivement, sans utiliser ses valeurs personnelles dans son aptitude à juger de la situation. Tant qu’une personne n’est capable de vivre que sur des bases égocentriques et sur des lignes socioculturelles qui lui conviennent, l’astrologue ne doit évoquer que ce niveau. C’est ce que fait l’astrologue classique, parce que lui-même vit à ce niveau-là. De toute façon, il ne devrait même pas donner son interprétation de la situation où se trouve son client, si c’est pour lui faire comprendre qu’il n’a pas d’alternative, ou que ce sont les étoiles qui font advenir les choses. Il devrait toujours donner des suggestions en laissant son client psychologiquement libre de les accepter ou de les rejeter.

En 1980, Rudhyar a proposé une interprétation transpersonnelle du thème natal, des progressions et des transits. Cette approche nouvelle est analogue à celle de la de la psychologie transpersonnelle, mais en fait elle va plus loin dans ses implications. Nous avons déjà parlé du transpersonnel comme étant le pas au-delà de l’individualisme et le niveau d’être où l’individu devient conscient de la fonction qu’il a au sein du plus grand tout. C’est pourquoi être transpersonnel c’est laisser le but du plus grand tout se manifester au travers de soi. Ce qui entraîne un processus de transformation et de transcendance. Pour cette raison, interpréter un thème natal, des progressions et des transits à ce niveau, veut dire que tout élément astrologique doit être considéré comme moyen de transformation de l’inertie du passé, des habitudes sociales et mentales que nous avons tendance à répéter – même si nous le faisons de façon superficielle. Une interprétation transpersonnelle dira comment utiliser toute circonstance, événement, tension, crises, pour maîtriser l’inertie du passé ; elle cherche aussi à évoquer la relation verticale possible entre une personne (un plus petit tout) et un grand tout – en un sens, l’humanité et la planète Terre, dans un autre, la Qualité spirituelle et le Champ de l’Âme qui représente notre véritable identité.

D’autre part, l’astrologie transpersonnelle permet de savoir comment, dans un cas particulier, la personne peut transmuter le karma en dharma. La lecture du thème natal orientée sur le caractère de l’être humain, avec ses forces et ses faiblesses, permet d’apprécier les conditionnements et le karma de cet être. Comme je viens de le dire, le karma représente toujours la somme du passé, à n’importe quel niveau, les résultats des actions mal accomplies ou laissées de côté. L’astrologie de Rudhyar interprète le karma sur quatre niveaux ; c’est l’inertie du passé qui émerge sous la forme de schémas et de courants d’énergie – en termes d’origines ancestrales et génétiques pour le niveau biologique – en termes de passé de la société et de la culture auxquelles on appartient pour le niveau socioculturel – en termes de décisions et d’actions ou de manque de décisions passées pour le niveau individuel – en termes de succès ou d’échecs relatifs d’une des personnalités précédentes en relation avec la qualité spirituelle et le champ de l’âme pour le niveau transindividuel.

Le dharma représente ce pour quoi nous sommes nés, le potentiel de signification et de finalité que le plus grand tout (l’humanité ou le Champ de l’Âme) a investi sur notre naissance. C’est ce que nous pourrions faire pour l’humanité considérée comme une entité spirituelle dont nous faisons partie et aussi ce que l’humanité nous aidera à faire, si nous laissons l’humanité nous aider. L’inertie du karma, cependant, tend généralement vers une répétition de vieux schémas, vieilles valeurs et façons de faire traditionnelles. L’action du dharma sur le karma est la raison de nos multiples crises, au moment où nous atteignons un certain niveau d’évolution. Le dharma nous met constamment au défi d’arrêter d’agir comme une créature du passé et de devenir, en même temps que les autres « véritables » individus, créateur du futur. A des niveaux strictement personnels, le défi est de travailler à devenir un agent focalisateur au travers duquel l’humanité (le Champ de l’Âme) puisse réaliser une finalité particulière.

Pour Rudhyar, Uranus, Neptune et Pluton représentent les trois pas ou étapes sur le chemin transpersonnel. Uranus se réfère à quelque forme de crise sur le niveau mental qui cherche à ouvrir notre conscience à des cadres de référence plus larges, au travers d’idées nouvelles. Neptune introduit un processus de déconditionnement en nous obligeant à être vraiment objectifs sur ce passé qui a conditionné tout particulièrement nos sentiments. Pluton introduit un phénomène de catharsis et tente de nous pousser à agir selon la dimension plus vaste révélée par Uranus et Neptune. Il est évident que, aussi longtemps que nous limiterons nos vies aux valeurs socioculturelles acceptées par notre société, ces trois nouvelles planètes seront entendues comme ce que l’astrologie classique appelle « maléfiques ». Cependant, si nous avons acquis une perspective historique grâce à l’étude magnifique de Rudhyar sur les cycles plus longs des planètes qui se réfèrent aux changements et aux transformations collectives, alors nous pouvons prendre conscience que ces cycles nous aident à comprendre le but actuel du plus grand tout (l’humanité et la terre) qui conditionne inévitablement nos buts personnels à n’importe quel moment de l’Histoire. C’est parce que nous tendons à vivre et à agir uniquement en termes de désirs et de buts personnels, que nous trouvons la vie si difficile (les désirs et les buts nationaux en sont l’équivalent collectif). Les comportements personnels et nationaux devraient être vécus pour les besoins de l’humanité. Parce que l’humanité est dans une phase de transition, en tant qu’individus, nous devrions comprendre que nous sommes aussi en phase de transition. Nous ne serions pas nés maintenant, si nous n’étions pas des individus potentiellement capables d’aider l’humanité à prendre les bonnes décisions dans cette période cruciale. Toute personne bloquée par l’inertie de la peur, échoue à s’aligner sur la possibilité de créer ensemble un futur nouveau et cet individu ou cette nation se transforme alors en mal, en ennemi de l’humanité.

La science nous a donné une perspective globale qui n’existait pas dans le passé, excepté pour quelques rares individus. Les principes occultes et ésotériques ne sont plus depuis longtemps, ni occultes, ni ésotériques. Ils sont disponibles à qui veut les consulter, grâce à des traductions qui ont permis l’interpénétration de toutes les valeurs culturelles, quelle que soit leur source. Ce sont ces principes qui se trouvent en arrière de toutes les cultures, toutes les religions et les philosophies et pour la première fois, ils permettent à tout un chacun, n’importe où, de donner structure, objectivité et clarté à la compréhension du processus d’évolution qui gouverne l’univers. Pour Rudhyar cependant, la seule chose vraiment essentielle dont nous avons besoin pour la transformation du collectif et de l’individu c’est le développement d’un nouveau mentat, d’une mentalité nouvelle capable de rencontrer le futur, parce que libérée des fantômes du passé. Nous sommes tous encore bient trop conditionnés par notre culture, par ses paradigmes, par ses symboles et ses images, dans tout ce que nous pensons, ressentons et faisons. Aussi, nous avons trop tendance à penser que pour devenir des individus libres et authentiques, nous devrions substituer les valeurs d’une culture étrangère aux nôtres, puisqu’il est à la mode de suivre les préceptes Hindous, Bouddhistes et Zen …

La chose la plus importante est de savoir où nous en sommes maintenant et d’accepter la proposition de Rudhyar comme un nouveau départ. Quand on sait où on en est, alors on peut se mettre en mouvement. Pour Rudhyar, l’essentiel, bien plus que de changer de place, est de se préparer à se mettre en mouvement et de passer au travers de tout ce que la vie nous présente. Nous luttons sans cesse contre des tas de choses, nous tentons de nous discipliner et de réussir. Mais la croissance en conscience ne peut advenir que par l’expérience des opposés. Être conscient c’est être capable de « passer au travers », dit Rudhyar. La conscience naît de l’expérience du passage …

Ayant expérimenté le plein, l’homme est maintenant gavé de ce champ d’expérience parce qu’il a acquis la conscience de lui-même, l’expérimentateur … La victoire est un passage elle aussi, on ne peut pas la rejeter. On ne peut pas non plus rejeter la nature avant l’expérience ; on ne peut pas la fuir, ni l’éviter, même si on a très peur. Pour l’homme, la seule solution de cette compétition avec la nature est de la traverser, puis d’émerger de l’expérience, afin de continuer sur chemin vers une plénitude d’être totale.


J’espère que ces quelques pages pourront aider les lecteurs à avoir une meilleure perspective sur Rudhyar et sa contribution à l’astrologie. J’ai été en contact avec lui depuis la publication de « L’Astrologie de la Personnalité » en 1936. Il a immensément enrichi ma vie et ma compréhension. J’espère que d’autres que moi seront autant inspirés par les livres qu’il nous a laissés et ressentiront la nécessité de vivre plus pleinement en accord avec leur thème natal, consciemment et volontairement

afin qu’ils trouvent et empruntent la voie transpersonnelle

et qu’ils deviennent des agents dignes de l’Homme

dont seul le destin global donne du sens à nos vies personnelles.


On peut lire la contribution d'Alexander Ruperti en anglais sur cette page :
http://www.astrologie.ws/rudh03.htm




10. Rudhyar Tribute : contribution d'Ann Kreilkamp

Ann Kreilkamp – astrologue américaine
Site : http://www.celestialnavigations.net
(en anglais bien sûr, mais pour moi une jolie découverte que ce site d’Ann Kreilkamp, en page d’accueil duquel on peut lire : Ce site s’adresse à tous ceux qui, sachant que notre espèce est en voie d’extinction et que le processus ne s’inverse pas, devraient chercher à transformer la connaissance en sagesse, l’hostilité en harmonie et la violence en compassion).


LUDWIG WITTGENSTEIN, DANE RUDHYAR ET MOI

Comme beaucoup d’autres, je me suis convertie à l’astrologie et comme eux, je suis entrée dans ce monde sacré par la porte que Dane Rudhyar a ouverte. Jusque-là, je ne connaissais les Signes que par les horoscopes dans les journaux, je n’avais eu accès qu’à des manuels d’astrologie décrivant ce qu’est une planète, un Signe, une Maison, un aspect et la signification de leurs innombrables combinaisons possibles, je ne connaissais que des astrologues victoriens fatalistes ou des vieilles dames qui faisaient de la divination dans les boules de cristal et je n’imaginais pas vraiment être capable de supporter la mort et la renaissance douloureuse et vivifiante de la psyché, nécessaire pour entrer pleinement dans le royaume de l’astrologie.

Mon histoire, comme beaucoup d’autres histoires, est longue et compliquée. Le processus de mort fut long et douloureux – même s’il n’est pas complètement terminé et que chaque jour, j’ai la surprise de devoir encore « mourir » à des traces de ma psyché encore reliées à mon passé. Quant à la renaissance, c’est un processus qui est encore en cours, une spirale sans fin qui revient sans cesse à son origine. Ca m’a pris du temps pour comprendre que mon processus interne est de type évolutif – et pas seulement cyclique, c’est-à-dire un retour éternel à la même chose – ce qui veut dire que je suis capable de supporter l’intensité montante de la douleur et du plaisir mélangés, tout en me détachant des deux de plus en plus.

J’ai découvert Rudhyar – et l’astrologie – en 1973, au début de mon deuxième cycle de Saturne. Pendant le premier cycle (Saturne en Gémeaux) je ne faisais que tenter de m’accorder à la culture dans laquelle je vivais et à sa bonne vieille philosophie – et je n’y arrivais pas. En même temps, j’essayais aussi de trouver la vérité de la réalité de la vie. Cependant, avant la fin de ce cycle, j’ai compris que j’avais eu les yeux bandés tout au long de ma vie, alors j’ai pu trouver le courage d’enlever ce bandeau et de le jeter. Et mon histoire est l’illustration typique de cette ancienne phrase : « L’ontologie résume la phylogénie ». Dans mon propre processus d’évolution, j’ai résumé l’histoire de l’esprit occidental depuis le début de la révolution scientifique – et puis, merci à Rudhyar, j’ai bondi au-delà.

Depuis toujours j’ai été chercheuse, avide de Vérité (Soleil et Ascendant Sagittaire). J’étais aussi têtue, obstinée, m’accrochant le plus longtemps possible à toute version de la « vérité » (Lune en Taureau) qui semblait me convenir. Et c’est juste avant les premières années de ma vingtaine que j’ai lâché le Catholicisme Romain de mon enfance – et que j’ai eu besoin aussi de le remplacer immédiatement. Le seul candidat possible à la Vérité dans le monde de mon expérience limitée ne fut pas religieux mais séculier : ce fut la science. Je me suis tournée vers la science comme substitut à la religion. Je voulais trouver la vérité dans  la science, La Vérité dans la science. Je voulais voir la Science comme Dieu, la Science comme Certitude, comme la seule voie possible pour ancrer mes pieds en terre (Mercure et Vénus en Capricorne, Saturne et Uranus en Gémeaux). Depuis mon échec avec la religion, j’avais besoin que la science soit pour moi une nouvelle couverture de sécurité. Je souhaitais l’enrouler autour de moi pour qu’elle me tienne à l’abri du vide.

J’étais donc dans cet état d’esprit inconscient en 1966, quand, à 23 ans, je suis entrée dans un cursus de doctorat sur la philosophie de la science à l’Université de Boston. Je souhaitais trouver la Certitude dans la Connaissance. En cela, j’étais différente des autres étudiants, car la plupart d’entre eux semblaient satisfaits de discuter de détails, de tout et de rien. Je me sentais très seule dans cette université et vraiment agacée que les autres ne soient pas aussi motivés que moi. Alors je suis entrée en moi et je me suis demandé ce qui n’allait pas chez moi. Pourquoi je ne pouvais pas prendre les questions philosophiques à la légère ? Pourquoi je ne pouvais pas m’amuser avec les autres étudiants ? Pourquoi ne pas me contenter de les impressionner avec mes questionnements ?

Le temps passant et les années aussi, j’ai pris conscience de ce qui ressemblait à une vision extraordinaire, quelque chose qui, je le crains - même maintenant - n’est perceptible que par très peu de personnes qui se questionnent sur elles-mêmes comme je l’ai fait à l’époque ; ma recherche de certitude intellectuelle ne faisait que cacher ce dont j’avais réellement besoin : de sécurité émotionnelle. Cette vision, cette perception, était profonde. Et elle a retourné mon monde de fond en comble. Ce qui avait été retenu à l’arrière-plan poussait inexorablement pour venir au premier plan. La structure de la connaissance et la façon dont elle s’ancrait en moi n’était plus linéaire : j’apprenais à « lire entre les lignes » de la linéarité, à sentir la présence des espaces entre les lignes, espaces dont d’autres soit ignoraient, soit assumaient a priori qu’ils soient ancrés là. À la limite, je ne savais même pas s’ils en avaient connaissance et même conscience : jusqu’à quel point étaient-ils conscients de leurs postulats ?

Alors, je me suis sentie encore plus seule. Pas seulement parce que je n’avais personne à qui en parler, mais parce rien ne m’aidait à mettre en mots mes questions. Mes questions étaient pré-linguistiques ; elles existaient dans une zone limite nébuleuse, là où la pensée et le langage se dissolvent dans les abysses de l’inconscient. J’apprenais à comprendre l’édifice de la connaissance tout entier et ses nécessités en tant qu’objet linguistique, lui-même situé au-delà  de l’espace culturel. Je voyais la structure de cet objet, je voyais comment il était suspendu, plutôt qu’ancré. J’apprenais que le fait que quelque chose soit ancré ne lui donne pas pour autant de signification, que tout ce que nous pensons savoir n’est qu’une particule de poussière flottant dans l’espace infini.

Mais j’allais au-delà de moi. En fait, arrivée à ce point je ne souhaitais pas encore reconnaître cette façon de comprendre la connaissance. Plutôt, depuis que j’avais senti le sol se dérober sous mes pas, j’essayais juste désespérément d’éviter la chute libre dans le vide qui venait de s’ouvrir – au sens que nous connaissons tous parfaitement, celui que nous appelons « souffler sur le plexus solaire », c’est-à-dire ce moment où une sorte de goutte d’émotion s’enfonce dans l’estomac et multiplie par deux la souffrance émotionnelle. Je commençais à comprendre les problèmes philosophiques d’un point de vue psychologique et subjectif. Ce que les philosophes académiques appelaient « le problème corps/esprit » était devenu personnel ; c’était devenu « mon » problème. Je savais que c’était mon problème et je savais que ce problème était sérieux : je savais que je l’avais, mais en même temps, je ne me permettais pas de le ressentir réellement.

Dans la philosophie académique de cette époque, il y existait un espace où l’esprit et le corps étaient supposés se rencontrer. En jargon académique, on nomme cet endroit « sensation (perception) », qui se réfère en fait à ce qu’on pourrait appeler la « donnée toute crue » de l’expérience corporelle. La Vérité m’intéressait pour approcher ne serait-ce que le premier palier de l’échelle menant à cette Vérité, et pour faire ça, on était supposé aller à la source un peu blessante de la perception de « donnée toute crue ». La seule autre alternative semblait être celle de Descartes, qui postulait l’existence d’ « idées innées (de naissance) » qui, disait-il, ne pouvaient être Vraies que parce que « Dieu était parfait, et Dieu ne me mentirait pas ». Ce raisonnement peut paraître suranné à nos oreilles, mais l’est-il vraiment ? Les astrologues et autres gens « new age » parlent régulièrement de choses similaires – habituellement des Uraniens – d’idées qui sont dans l’air et frappent ceux qui sont réceptifs et qui savent, intuitivement, qu’elles sont vraies. Mais des Idées Innées, ou l’Intuition, comme source de Vérité, Vérité scientifique ?

Mon mentor était un logicien positiviste pur et dur. Avec une majorité d’universitaires de l’époque (et même encore de maintenant), il croyait aussi que la source de la « vérité » se trouvait dans la sensation, ou dans une « donnée signifiante », c’est-à-dire ce qui est sensé être identifiable et définissable par les parcelles et les morceaux de goût, de toucher, de vision, d’odeur et d’écoute qui constituent le monde de l’expérience humaine. Pourtant, mon professeur n’était pas ordinaire. Il savait que toute soi-disant vérité que nous nous arrangeons pour extraire de données par ailleurs signifiantes ne pouvait être que triviale, peu digne d’intérêt. Tout ça il le savait, il savait que faire cela ne valait rien, mais il savait aussi qu’on ne pouvait pas en sortir et que ça ne menait à rien. Il était dans une impasse. En fait, quand on utilise la distinction entre cerveau droit et cerveau gauche, on se rend compte que pour lui, il n’y avait que le cerveau gauche qui existait. Un cerveau gauche sans cerveau droit ne produit que des parcelles de données vides de sens. C’est pourquoi pour lui, la vie était vide de sens. Mon mentor était un personnage tragique, qui croyait à des choses sans signification, qui le savait et qui haïssait de le savoir. Il aurait mieux fait de se mettre à chercher la Vérité, lui aussi. Mais il ne pouvait pas. Sa méthodologie ne le lui aurait pas permis.

Pour moi, il représentait les murs d’une cage contre laquelle je me cognais la tête. C’était mon destin de le rencontrer : son cynisme représentait ce que j’étais moi-même capable de rechercher, quitte à y rester coincée. Et c’est une sorte de vision qui lui a fait me dire, peu après notre rencontre, en mots qui, par contre, jaillissaient directement de son cerveau droit – même s’il ne les a jamais reconnus par la suite : « Tu dois aller plus loin que moi. Tu dois monter sur mes épaules. » Ce fut notre première confrontation directe. J’étais terrorisée et en plus à ce moment-là, il était physiquement très proche de moi. En fait, s’il m’avait demandé si je voulais être comme lui, je lui aurais répondu que oui, pleine d’adoration que j’étais pour lui à l’époque. Et il m’aurait crié que j’avais tort. Que je devais aller plus loin que lui …


Entrée en scène de Ludwig Wittgenstein, et puis grâce à Wittgenstein, quelques années plus tard, de Dane Rudhyar ; on peut être surpris que ce soit grâce à lui et que je mette les deux sur le même plan. Pour ceux qui ne le connaissent pas bien, laissez-moi vous le présenter. C’est un philosophe australien contemporain de Rudhyar, les deux portant la signature générationnelle de la plus récente conjonction Neptune-Pluton. Wittgenstein est né en 1889, six ans plus tôt que Rudhyar, et avant que la conjonction soit exacte. C’était un personnage mystérieux, qui quittait régulièrement l’université parce qu’il se sentait plus à l’aise comme jardinier d’un monastère que comme professeur à Cambridge. Malgré sa carrière compliquée, Wittgenstein fascinait. C’était une figure légendaire dans les cercles philosophiques universitaires de son époque et il fut crédité d’être seul à l’origine des deux écoles philosophiques de pensée qui dominèrent le 20ème siècle – la logique positiviste et l’analyse linguistique – que d’ailleurs il avait répudiées toutes les deux ! Depuis sa mort en 1951, son influence – quoi qu’obscure et ésotérique – a dépassé largement le cadre de la philosophie. Ses aphorismes sont cités par bien des penseurs dans bien des champs, bien que ce qu’il a voulu dire vraiment ne soit encore qu’affaire d’interprétation.

Ma propre lecture de son œuvre, faite pour une dissertation de doctorat, est inhabituelle et pas plus probante que celle des autres. J’ai commencé à le lire au moment du transit de Neptune sur Mars Sagittaire en Maison XII, opposé Uranus natal en Gémeaux. À l’époque, j’ai eu l’impression très forte que ma psyché avait littéralement sauté en lui, que nous étions « un » et que ce n’était même pas la peine d’en parler : je le comprenais. Même si je ne comprenais rien à ses idées cryptiques et encore moins à ses pleurs assourdissants de douleur. Wittgenstein faisait le pont entre mon mentor et Rudhyar. Alors que mon professeur était enfermé dans son cerveau gauche, sans moyen d’en sortir (malgré son statut tragique), Wittgenstein avait franchi le pas suivant : contre sa volonté, il avait repoussé les limites et resté coincé à l’extérieur du cerveau gauche, s’y accrochant, il désespérait de pouvoir y retourner. Au-delà, il y avait le vide infini du cerveau droit, les cieux étoilés au-dessus et il leur tournait le dos, effrayé. Si mon mentor était un personnage tragique, Wittgenstein l’était doublement. J’étais attirée par les personnages tragiques et déterminée à ne pas en devenir un. Après seulement quelques années d’université, j’accomplissais déjà la prophétie de mon professeur en allant au-delà de lui. Il m’avait dit de ne jamais lire Wittgenstein, parce qu’il le trouvait « confus » et d’ailleurs, avait-il soupiré, c’était un schizophrène sub-clinique. Malgré l’avertissement, j’avais finalement lu Wittgenstein et comme beaucoup d’autres, il m’avait complètement enchantée. Je trouvais son travail authentique, mais je ne savais quand même pas ce qu’il signifiait.

Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ? Impossible. Voilà ce que j’ai dit. Ce fut mon premier commentaire intuitif (cerveau droit), la première expression complètement imprévue. Je me demandais comment j’avais pu dire ça. Parce que dans la logique positiviste, il fallait que l’on commence par savoir ce que quelque chose signifiait avant de déterminer si c’était vrai ou faux (idéalement grâce à un test ou une expérimentation scientifique). J’avais été entraînée à ça par mon professeur, cependant, cet entraînement n’a rien d’exceptionnel, puisque la logique positiviste est une reproduction (scientifique) du sens commun. Alors dire qu’on peut savoir que quelque chose est vrai, sans savoir ce que cette chose signifie, c’est un « non sens », puisque le cadre scientifique est sensé fabriquer du sens. Ça « ne fait pas sens ». Et pourtant, ça faisait sens. Ce que j’avais dit et que je savais être vrai. Pourtant, je ne savais pas ce que ça signifiait …

J’ai continué à lire Wittgenstein. Je ne pouvais pas m’arrêter. C’était comme si j’étais possédée. Mon obsession pour Wittgenstein était une projection, un repoussoir à mon éventuelle transformation. En m’accrochant à lui j’étais en train mettre à jour toutes les hypothèses restées à l’arrière plan et qui tenaient toutes mes autres croyances en place. Ce qui était resté enfoui était en train de remonter à la surface. Le cadre scientifique de mon sens commun se fissurait, s’écroulait. Les frontières que j’avais mises entre le monde et moi, ma psyché et celle de Wittgenstein, se dissolvaient. En même temps je découvrais un autre sens commun, et il s’agissait là de "sentir en commun". Cette perception est totalement différente de ce qu’on appelle scientifiquement le « sens commun », où n’avons aucun sens en commun, mais plutôt où nous sommes enfermés dans nos mondes personnels au sein desquels nous recevons des informations individuelles, grâce aux cinq sens extérieurs. L’aliénation de la société occidentale n’est plus un mystère, quand nous découvrons que même les fondements de notre philosophie conditionnent notre vie de tous les jours, nous laissant séparés, isolés et seuls. Wittgenstein le philosophe ressentait cette solitude de façon aigue. Sa question : « comment pouvons-nous savoir qu’une autre personne souffre ? » prend des allures étranges  sous cet éclairage. Il me semble que les questionnements de Wittgenstein peuvent aussi être entendus comme des appels au secours déguisés, mais assourdissants.

Wittgenstein n’était pas le seul à avoir besoin d’aide. Ma lecture continue de ses écrits était en train de me changer. Rapidement, je me suis sentie aussi perdue qu’il avait pu l’admettre lui-même ; ce que d’autres, par exemple ses disciples, reniaient complètement, tandis que d’autres encore, le critiquaient et le condamnaient sur la base de citations de ses écrits. Je ne pouvais pas m’arrêter de le lire. J’avais l’impression que mes yeux étaient collés sur les pages de ses livres. Son œuvre me paraissait ronde, comme une grossesse qui n’arrivait jamais à terme. Comme un volcan qui implosait en silence. En captant sa passion enfouie, la mienne grandissait. J’ai dit à mon professeur : « Et alors, peu importe s’il est confus. Je préfère une confusion fertile à une clarté stérile ». Cela le rendit muet. Il me regardait, hagard et effrayé. Quelque chose m’arrivait. Je devenais étrange. Les murs de la cage s’étaient dissous après avoir rapetissé. Je me délayais dans le vide, sans pouvoir ni passer au travers, ni en sortir. En y réfléchissant, je pense que je donnais l’impression que je faisais une dépression, mais moi je savais, même à ce moment-là, que ce par quoi je passais avait un caractère sacré. Que ce voyage dans l’au-delà était une initiation sacrée. Je vivais mes pires peurs. Il n’y avait plus de sol pour porter mes pas, aucune certitude, aucune sécurité. A la place, des vagues et des lumières, des perceptions choquantes, des frissons montant et descendant en des royaumes dont je n’avais pas connaissance avec mon cerveau rationnel et que donc je ne pouvais pas décrire, puisque je pouvais pas même m’en souvenir ensuite. J’avais faim d’en découvrir plus. Je naviguais dans l’univers en m’accordant aux vents solaires. Mais je ne le savais pas. Je n’avais pas de carte pour le voyage et pas de guide non plus.


Entrée en scène de Rudhyar. Non que je n’aie jamais voulu lire ses livres, ou devenir astrologue, ou même que j’y ai jamais pensé. J’étais philosophe, pas charlatan ! Tout ce que je connaissais, c’était la version populaire de l’astrologie, le voile dont notre culture scientifique avait recouvert le langage suprême le plus ancien. J’avais tordu le cou aux repères scientifiques du cerveau gauche, et pourtant je regardais encore le monde par les yeux de la science, évitant encore ce que je pensais être une superstition stupide. Rudhyar est entré dans ma vie au moment où, malgré un préjugé persistant, j’étais à nouveau ouverte – et donc vulnérable – et réceptive à la nouveauté. Depuis toujours j’étais chercheuse et là, ma recherche me conduisait dans une direction que je n’avais pas anticipée. Une amie a monté mon thème astrologique et à ma grande surprise je me suis entendue lui demander : « Est-ce une carte ? Est-ce vraiment une carte ? Est-ce qu’elle peut m’aider à « voir » ? Me permettra-t-elle de continuer à avancer ? » Quand je lui ai demandé comment se lisait le thème, elle m’a mis en main « L’Astrologie de la Personnalité ». Je date ma résurrection du moment où j’ai pris ce livre. À partir de là, ce qui avait été vécu comme des trucs terribles, l’incertitude dans laquelle me plongeait le fait de n’avoir pas de fondation intellectuelle, tout ça devenait magique, ça devenait un jeu continuel de l’esprit en transformation, avec ses propres extensions imaginatives. Cette transformation permettait au problème de la certitude dans la connaissance de se dissoudre, plutôt que d’être résolu – avec une dimension plus large. J’avais tout fait pour découvrir la certitude, et à la place, j’étais tombée dans le vide. Le vide où vivait Rudhyar. Le terrible devint joie, tandis que j’apprenais à vivre dans l’instant créatif, cet espace infiniment fertile qui soutient et enrichit les transformations continuelles de la forme. L’espace : présence électrique et vivante, le moyen magique de l’émergence.

Rudhyar était musicien, c’était un compositeur ; il n’avait pas besoin de certitude intellectuelle. La musique ne laisse pas de place à l’immobilité, elle n’est que changement, c’est le jeu perpétuel du contrepoint d’harmonies en mouvement. Les écrits de Rudhyar en astrologie reflétaient sa sensibilité musicale ; ils n’étaient pas écrits du point de vue d’un cerveau gauche. Rudhyar était à l’intérieur de ce dont il parlait, il ne s’intéressait qu’à la conscience voyageant au travers du temps et de l’espace, s’accordant confortablement aux mots, atterrissant n’importe où et observant le cosmos de cette position avantageuse, puis redécollant. Bougeant avec la musique, en osmose avec elle et décrivant ce qu’il voyait le long du chemin. Son cosmos était une orchestration divine sans début et sans fin. Dans son orchestre, les planètes et les étoiles étaient les instruments, de grands Etres Célestes, et dans le jeu de leur mouvement sans fin, elles se faisaient l’amour les unes aux autres, résonnant en un concerto complexe en expansion perpétuelle d’harmonies de plus en plus vastes. Celles de Rudhyar étaient un univers, dans lequel chaque point ouvre dans un espace, et chaque espace contient un simple point qui renvoie à des royaumes plus vastes. Dans son univers, chaque point et tout point est central et tous ces points sont dans un flux continu. Chaque circonférence trace la trajectoire de quelque Etre immense, entouré d’autres encore plus grands que lui. Dans l’univers de Rudhyar, il n’y avait aucun point où rester immobile et aucune nécessité d’en avoir un : dans un univers en perpétuelle expansion, chaque point est central. Dans l’univers de Rudhyar, pas de peur, pas de contraction, pas de séparation ; au contraire, chacun accède au sens en communion avec le tout. Dans l’univers de Rudhyar, on ne se pelotonne pas pour faire face au vide, mais on vole librement dedans, en naviguant d’un point à l’autre dans des espaces plus petits ou plus grands. L’impression de vertige que l’on ressent à la lecture de Rudhyar provient, je crois, de sa conscience multidimensionnelle. Et il n’avait que très peu conscience d’en avoir une.

Wittgenstein et Rudhyar m’ont tous les deux donné le vertige, mais différemment. Avec Wittgenstein, j’ai expérimenté le vertige de la confusion ; je me suis sentie étouffée, mais dans un monde ordonné au cours du processus de désintégration, désintégration à laquelle Wittgenstein aspirait. Il savait, quelque part en lui, même si cela restait étranger à son esprit rationnel, que dans la confusion bourdonnante du cours de sa vie physique se trouvait sa vie véritable, une indication vitale, une vibration que la mentalité de son orientation scientifique avait interdite. Je suis passée par là, je ressens les choses comme lui. Avec Rudhyar aussi, j’ai expérimenté le vertige, mais dans la joie de vivre, l’exaltation, une sensation d’ouverture si grande, qu’elle m’a coupé la respiration ; ça m’a demandé des efforts sans cesse renouvelés, et de travailler à englober, à inclure encore plus. La confusion de Wittgenstein était fertile, oui, c’était une aspiration à quelque chose, et la crainte de son accomplissement, une aspiration à l’amour, à s’ouvrir à une signification plus large, ainsi qu’une incapacité à le faire ou à un refus d’y arriver. Wittgenstein me fait me sentir enfermée et suffoquer ; je devais lutter pour m’en sortir. Rudhyar m’a libérée.

Wittgenstein et Rudhyar ont découvert le vide et cela les a emmenés dans les régions de l’inacceptable, les laissant seuls, chacun dans son univers propre. Wittgenstein a vécu la solitude comme une aliénation ; il était attiré et repoussé par le vide qui, pour lui, n’avait pas de sens (ndlt : au sens de : les 5 sens), ou alors au-delà des sens. Il était à l’extérieur, à l’extérieur des murs de sa cage linguistique et culturelle, apeuré de se sentir encore plus séparé ; il essayait de retourner dans sa cage, d’identifier ce qui se passait en se rapprochant de  ce qu’il voyait et qu’il avait laissé derrière lui. Plus il essayait de retourner à une vision normale, plus ce qui faisait habituellement sens se dérobait à lui. Le vide n’était pas seulement là, dehors, il était aussi dedans, à l’intérieur ; aucun moyen de l’éviter, d’éviter la dérive, le manque de sol pour se tenir dessus, ce manque de certitude, de sécurité. Et puis en plus, paradoxalement, il savait aussi à un certain niveau que ce flux pourrait être confortable, si il apprenait à nager. Rudhyar a vécu la solitude comme une unité, l’unité totale. Rudhyar était le genre de personne dont la conscience incluait la vastitude du cosmos, là où le changement et la diversité étaient non seulement identifiés et inclus, mais glorifiés. Sa conscience était unitaire et extrêmement vaste : son vide était un espace en expansion continuelle ; c’était une sorte de fluide universel, qui se tenait au-dessous et au-delà de leur multiplicité.

C’est comme si Wittgenstein représentait à la fois une reconnaissance et une réaction à la perte de la certitude Cartésienne par le monde scientifique, tandis que Rudhyar est sur ses talons, ouvrant courageusement la voie au Présent en expansion éternelle. Il est intéressant de noter que Wittgenstein est un Taureau qui préfère la sécurité, alors qu’il était suivi de Rudhyar, un Bélier ardent qui prend des initiatives. Tous deux étaient nés à l’époque de la conjonction Neptune-Pluton en Gémeaux, ils représentaient les anciennes et les nouvelles façons de faire symbolisées par cette conjonction. Les philosophes et autres penseurs de bien des disciplines comprenaient la tragédie de Wittgenstein ; beaucoup d’entre eux aussi, craignaient les mouvements vers l’avant. Rudhyar n’a toujours pas trouvé de large renommée, parce que le genre de courage dont il a fait preuve est extrêmement rare. En fait, malgré l’immense gratitude que j’éprouve pour Rudhyar, parce qu’il m’a libérée du besoin de certitude intellectuelle en m’ouvrant le champ de la relativité absolue, je suis restée avec mon problème originel reconnu au moment où je suis entrée à l’université il y a 25 ans : le clivage entre mon corps et mon esprit. Rudhyar vivait à une époque différente. Ses intérêts étaient célestes. La terre était tout simplement pour lui un point dans un univers en expansion et l’ouverture de conscience de l’astrologue était, potentiellement, tout-inclusive. Dans l’univers de Rudhyar, l’humanité est identique à cette conscience. Pour Rudhyar, être un relativiste, c’était être libre de voir les choses de n’importe quel point de vue, n’importe quelle dimension, n’importe quelle réalité. Ce qui permet d’avoir une perspective qui s’élargit et se diversifie continuellement. En principe, on peut penser que la pensée relativiste est la clé de la transcendance humaine pour le factionnalisme et le préjugé, qui font le lit de la cruauté et de la guerre. La conversion à la pensée relativiste semble nécessaire, si on souhaite créer un milieu transculturel où une véritable pratique de la paix peut être élaborée en tant que base pour un changement dans les relations humaines. Malheureusement cependant, le relativisme peut aussi – et a été – être utilisé comme un autre type d’arme, pour justifier des actions de toute sorte. Le relativisme dans l’éthique est tout simplement devenu une excuse pour faire tout ce qu’on veut et s’en laver les mains. Il me semble que c’est pourquoi beaucoup de gens n’ont pas intellectuellement adopté le relativisme. D’un point de vue éthique, ses conséquences apparaissent désastreuses. Le relativisme intellectuel, en absence de véritable ressenti, devient complètement inhumain, un exercice tout simplement abstrait. Notre esprit une fois transformé, doit se relier à un cœur lui aussi transformé pour agir et pour jouer sa partition dans le respect de l’autre – ou même dans le respect d’autres aspects de notre personnalité – de nos besoins émotionnels, des besoins de notre corps, ou de notre âme.

Ce qui me ramène à ce avec quoi j’ai commencé ce papier : il y a 25 ans, j’ai découvert que la recherche de certitude intellectuelle est une couverture au besoin de sécurité émotionnelle. Merci à Dane Rudhyar, j’ai ensuite découvert que la fonction de l’intellect était le jeu, le jeu joyeux de l’esprit transformé. Cependant, la sécurité émotionnelle demeure un authentique besoin humain. Un besoin que je ressens encore. Et bien sûr, je n’en ai pas terminé avec la lecture de Rudhyar, ni avec celle de n’importe quelle étude intellectuelle des travaux sur les étoiles. Mon but ultime est d’intégrer la transformation en conscience, grâce à une transformation qui me permette d’habiter mon corps. Intuitivement, je sais que « la véritable sécurité ne peut être trouvée qu’à l’intérieur » – une assertion à laquelle bien des gens adhèrent, mais la comprennent-ils vraiment ? Savent-ils ce qu’ils disent ? Je pense que la plupart des gens prennent cette assertion pour quelque chose de « spirituel », c’est-à-dire qu’une fois qu’on a la « paix de l’esprit », la vraie sécurité suit automatiquement. Au contraire, mon sentiment c’est que la vraie sécurité, aussi longtemps qu’il y aura des humains pour habiter des corps sur la planète Terre, ne pourra être trouvée « que » dans nos corps considérés comme des temples sacrés accueillant l’Esprit. J’ai envie d’apprendre à accorder mon corps (ndlt : comme on accorde un piano), d’être capable de sentir la vie – et la conscience d’être en vie – dans chaque cellule individuelle. Puis, en me concentrant sur mon corps transformé en moyen, en outil, d’apprendre à m’accorder avec la Terre, avec la vibration de Son corps.

Au travers de l’intégration d’un corps et d’un esprit transformés, je veux transformer ma compréhension de l’astrologie, je souhaite la particulariser, en l’ancrant dans l’ici et le maintenant – en ce lieu et à cette heure. D’une façon ou d’une autre, Rudhyar a parlé de façon abstraite du besoin de voir chaque point comme une espace et chaque espace comme un point, des besoins de se réaliser, de manifester, là ici dans ma vie de tous les jours, l’expérience sans cesse renouvelée de mon corps. Je sens qu’il y a une compréhension à laquelle nous, astrologues, devons arriver. Et je ne pense pas que nous l’atteindrons par des formulations abstraites. La direction que nous devons prendre est en nous, dans nos cœurs. Nous avons besoin de nous accorder au rythme de leurs battements universels pour réunir nos corps et nos esprits. Nous avons besoin de comprendre les choses en quittant la Terre pour aller dans les cieux, plutôt qu’en nous élevant avec peine, en faisant semblant que c’est notre rampe de lancement qui a fait le boulot pour nous, comme si ce n’était rien.

Si chaque point dans l’univers est le centre des choses, alors c’est là, sur ce point, ce lieu, que je vis et vous aussi. Je ne comprends pas complètement ce que je viens de dire ; tout ce que je sais c’est que pour moi, l’astrologie est devenue trop abstraite, trop intellectuelle. Nous avons besoin d’apprendre comment personnifier l’astrologie. Nous le ferons avec nos corps, qui sont chacun les parcelles d’un corps plus grand, la Terre. Le corps de la Terre est notre outil de communication avec les étoiles.


Il nous faudra aller au-delà de Rudhyar
Nous avons besoin de monter sur les épaules de quelqu’un de plus grand que nous.


On peut lire la contribution d'Ann Kreilkamp en anglais dans le Rudhyar Tribute d'Astrologie.ws à cette adresse : http://www.astrologie.ws /rudh02.htm





11. Rudhyar tribute : contribution de Helene Koppejan-van Woelderen

Astrologue hollandaise vivant en Angleterre. Son mari, Willem Koppejan, était lui aussi astrologue et chercheur, spécialisé dans la symbolique des degrés du Zodiaque combinant les symboles Sabian de Marc Edmund Jones et Dane Rudhyar avec d’autres approches surtout ésotériques du même domaine, comme par exemple celle du français Janduz. Ils ont écrit ensemble et séparément. Leurs œuvres sont écrites et traduites surtout dans ces deux langues, le hollandais et l'anglais et à ma connaissance pas en français. Ils ont monté ensemble la « Library of Avalon » à Glastonbury, en 1977, pendant les deux dernières années de la vie de Willem Koppejan. Helene Koppejan-van Woelderen propose maintenant un certain nombre d’activités autour de l’idée de ce qui s’appelle la « Glastonbury Experience », manifestation annuelle qui tourne et s'élargit autour de la mythique Avalon et de ses fées bien connues des spécialistes du Roi Arthur et de la quête du Graal. C'est souvent un hommage à la Déesse Mère.



DANE RUDHYAR ET SON CONTACT AVEC LES PAYS BAS


On peut décrire le très doué Dane Rudhyar de bien des façons. Personnellement, pour ce faire, j’ai déjà utilisé une des lectures qu’il a faites le 29 août 1962 pour le « Het Open Veld » à Zeist, en Hollande, où il était passé pour un « phénomène ». Il disait dans une des 50 lettres qu’il m’a adressées : « ça m’a beaucoup amusé qu’on utilise ce terme - phénomène - pour parler de moi, parce que quand j’avais 18 ans, un homme en France, au bord de la mer, dans l’hôtel où nous séjournions, m’appelait le phénomène, au lieu d’utiliser mon vrai nom. En français, la signification de « phénomène » est très différente de celle de l’anglais, elle se rapproche plutôt de l’américain « wonder boy » (ndlt : connotation un peu magique). (lettre du 6 novembre 1962).

J’aimerais mettre en lumière une petite période de la vie phénoménale de Rudhyar, son contact avec les Pays Bas, dont je fus moi-même l’instrument, en lui permettant de nouer des liens avec Carolus Verhulst qui l’avait rencontré en 1962, et qui était à l’époque l’éditeur de Servire, où furent publiés 9 des livres de Rudhyar en Anglais. A l’époque, j’étais une astro-psychologue débutante d’à peine 30 ans. Comme nous nous étions rencontrés en 1958 à Los Angeles, Rudhyar avait décidé de venir me voir en Hollande pendant son voyage en Europe en 1960.

En reparcourant mes notes sur Rudhyar, je me souviens d’une après-midi très chaude de 1958 à Hollywood. Je marche le long d’une allée de palmiers, et puis j’entre dans l’immeuble où je dois rencontrer l’homme connu pour être le plus important « astrosophe » Américain. J’ai son livre « L’Astrologie de la personnalité » dans ma bibliothèque personnelle en Hollande. Je vois Rudhyar en haut de la cage d’escalier, légèrement voûté, il est élégant et il porte une barbe sombre. Notre conversation va son train. Parfois, il se frotte les yeux. Il a une sorte de grippe chronique, me dit-il, dûe au brouillard de Los Angeles, et il ajoute qu’on ne devrait pas vivre là. Je lui demande : « Voulez-vous que je revienne plus tard ? ». Non, me dit-il, ça lui fait du bien de rencontrer quelqu’un qui vient d’Europe. Et puis la conversation reprend, ses mains se joignent à ses paroles, ses yeux s’allument et je me retrouve face à un être humain extrêmement sociable, hautement sensible au contact et à l’échange qui lui manquent habituellement, ou dont il a l’air capable de se couper par moments sur une impulsion.

Il dit que la mentalité d’Hollywood et le manque d’intérêt qu’elle manifeste pour sa façon de voir les choses le dépriment. Il parle de musique et de Stravinsky, il me montre ses dessins, il me fait écouter ses compositions enregistrées, il oublie les problèmes qu’il a aux yeux et manifeste tout à coup un enthousiasme qui transforme en un instant, comme par magie, un homme âgé et fatigué, en esprit jeune et fascinant. Il agite ses mains, il tire sur sa barbe, il philosophe sur l’Europe, puis tout à coup s’énerve à propos de ces femmes qui n’ont que des problèmes de couples, mais il s’en excuse rapidement et remet la problématique dans une perspective plus intéressante. Puis il se demande qui il est, un homme entre deux mondes, ni Américain, ni Européen. Qui s’intéresse à la cosmologie ? Il n’y a que le sexe et l’argent qui comptent. Est-il en avance sur son temps ? Ou alors complètement en dehors de la réalité ? Aurait-il du rester en Europe ?

« Mais, Monsieur Rudhyar, d’où venez-vous ? En Hollande, les gens pensent que vous êtes Oriental. » Un geste brusque : « Oh, le passé, c’était il y a si longtemps ». Puis il se fait silencieux et semble vouloir reprendre contact avec sa fatigue. Et puis non, pas du tout. « Où êtes-vous né, qui êtes-vous ? Racontez-moi votre vie, s’il vous plait. » Dans la pièce, il y a un magnétophone, un tourne-disques, quelques livres dans une petite bibliothèque, quelques dessins abstraits sont épinglés au mur. Tout parle d’un lieu de vie temporaire. « Oui », dit-il, et comme s’il lisait dans mon esprit, « Tout ce qui m’appartient, mes peintures, tout se trouve à Santa Fe. C’est là, au Nouveau Mexique, que j’ai vécu des années avec ma femme. C’est un endroit très intéressant, où il y a encore des Indiens Pueblos. Vous devriez y aller. » Et il me montre une grosse bague en argent où se trouve sertie une malachite verte, taillée comme un diamant. « C’est Indien ». Il regarde autour de lui. « Oh, je suis temporairement ici, j’ai divorcé de ma seconde femme en 1954, elle a préféré un homme qui vivait de façon plus conventionnelle. Où vais-je aller ensuite ? Probablement dans le désert, ou alors en Europe … ». Il a un beau et fugace sourire. « Après 50 ans … Ah oui, où je suis né ? Non, pas en Asie. Je suis né à Paris. Dans la vieille Europe, et dans une famille ancienne démunie à la lignée en voie d’extinction. » Et le voilà qui sourit à nouveau et reprend ses manières aristocratiques exquises.

Puis, soudain, il m’inspire de la compassion. Cet homme ne colle pas au décor d’Hollywood, il est bien trop délicat. Un château au bord de la Loire, quelque endroit en relation avec le passé, un toit d’aristocrate sur la tête, qui lui permettrait d’échapper au monde et d’en penser un autre, voilà qui lui conviendrait. Non, décidément, cet homme n’appartient pas à ce Los Angeles avec ses millions de voitures, sa poussière et son bruit. Mais à quel lieu appartient-il ? « Rudhyar est mon pseudonyme depuis que j’ai 16 ans. Il appartient à un temps où j’ai laissé mon passé Français derrière moi. » Et puis il me raconte sa vie aventureuse : l’homme qui s’est donné le nom de Dane Rudhyar est né le 23 mars 1895 à Paris. Il était le tout dernier enfant précoce d’une lignée presque éteinte. À 16 ans il avait déjà son baccalauréat en philosophie, il étudiait le droit et il avait déjà écrit son premier livre sur Claude Debussy qui fut publié par Durand en 1913, tandis qu’il composait aussi des œuvres pour piano. Puis, il est entré au Conservatoire de Paris, il a écrit des articles révolutionnaires sur la musique et la danse. Il évoluait dans le monde parisien des arts, au sein duquel il était perçu comme faisant partie de la jeunesse avant-gardiste. Au début de la première guerre mondiale, il devint le secrétaire du sculpteur Rodin. Puis, tout à coup, au milieu de la guerre, il a mis fin à sa courte carrière. Sa passion pour l’aventure s’est réveillée, et il s’est embarqué pour le nouveau monde. Il a coupé absolument tous les liens avec son passé, la France était morte pour lui et il a adopté définitivement ce nom qui « sonnait » à l’orientale.

Quand Dane Rudhyar est arrivé à New York, il a rencontré un succès immédiat. Pierre Monteux a dirigé ses compositions au Metropolitan Opera. Rudhyar a voyagé dans tous les Etats Unis, au Canada, où il faisait des lectures ultra modernes sur la musique polytonale. Il écrivait des livres, des articles sur « La renaissance de la musique Hindoue », le système à 12 tons. Il travaillait pour le « Musical Quarterly », il composait, et il a gagné un prix de 1000 $ pour son poème symphonique « Soul Fire ». Il donnait lui-même des concerts, il avait même écrit quelques pièces pour le cinéma d'Hollywood. Dans les années d’après-guerre, de 1918 à 1922, les idées brillantes de ce jeune Oriental mystérieux d’à peine 25 ans étaient reçues très favorablement. Passés les 30 ans, son talent capable de s’exprimer sur plusieurs plans devint de plus en plus évident, même si plus tard, il décida de moins se disperser. Il écrivait de plus en plus et donnait des cours sur « La libération par le son » (1931), la philosophie, les nuances de la psychologie cosmique (une matière totalement inconnue dans les années 30).

Puis, soudain, en 1938, une nouvelle facette de ses possibilités se révèle soudain à lui. Il se sent poussé à peindre et rejoint le Groupe de Peinture Transcendantale, puis écrit un livre sur ce groupe. C’est au cours de cette période qu’il s’est engagé dans une direction idéologique dont il s’arrachera d’ailleurs plus tard, à sa façon habituelle, passionnée et drastique. Le combat qu’il a livré avec lui-même au cours de ces années et qui l’a amené à développer ses idées les plus personnelles, il l’a raconté dans « Modern man’s conflicts : the creative challenge of a global society », publié en 1949 par la Philosophical Library, New York. (ndlt : ce livre n’a pas été traduit en français). En 1945, il se marie pour la seconde fois, avec la sœur d’un peintre Russe très connu, et puis il réoriente complètement ses activités. En association avec le psychiatre Moreno, ils montent, lui et sa femme, des départements de psychodrame en Iowa et en Californie. Il donne des consultations d’astro-psychologie, il revient aussi à la composition, il écrit des quintettes. En 1954, sa femme lui demande le divorce. À partir de ce moment-là et jusqu’en 1962, il ne fera que publier des articles pour des revues d’astrologie, ainsi que des séries de petits livres « semence » mensuels, qui sont autant de lettres philosophiques s’adressant à un tout petit cercle d’amateurs qui s’intéressaient à sa pensée, mais dont le nombre de membres allait en s’amenuisant ….

Il est retourné en Europe en 1959, alors qu’il l’avait quittée pendant 50 ans, pour une très courte visite à Paris et à la Suisse. Mais en fait, pour lui c’était comme si l’Europe lui décochait des flèches de feu et d’énergie. Le continent de sa jeunesse était mourant quand il l’avait laissé derrière lui, mais sur le plan spirituel, il était à la fin des années 50, plus que vivant. De retour aux Etats Unis, il n’a pu y rester très longtemps. Il lui fallait absolument retourner en Europe, ce qu’il fit en 1962 pour une visite à la France, à l’Angleterre et un séjour aux Pays Bas où il fit une courte lecture et où ceux de ses livres qui étaient publiés, ne l’étaient déjà plus depuis longtemps aux Etats Unis. Servire a publié respectivement en 1962 et en 1963 « Le rythme du Zodiaque » et « L’Astrologie de la Personnalité » en Anglais. Puis en 1963, Rudhyar est revenu à nouveau en Europe, alors qu’à l'époque il séjournait à New York et il a pris de nouveaux contacts. C’était l’époque où il développait une nouvelle vision philosophique du monde.

Il est impossible de résumer ses idées dans ce court article. Il faut lire ses livres vous-mêmes. Les idées de Rudhyar tournent comme des atomes autour d’un noyau, qu’il a formulé comme étant la puissance créative de l’univers et qui rassemblent un nouveau type d’êtres humains grâce à une nouvelle relation interpersonnelle qui changera tous les processus sociaux. Il veut évoquer une « semence pour une vie plus large ». La possibilité existe, dit-il, que l’homme d’aujourd’hui s’éveille à la possibilité (qui vient d'une impulsion donnée par le cosmos, ça c’est bien du langage de Bélier !) d’un instant nouveau, d’un jour nouveau, qui se produit dans toute relation sous la forme d’un mystérieux élément plus, une sorte d’ion positif. Chaque contact, chaque relation, dégage un nouveau pouvoir qui nous transforme. Le particulier se trouve dans la rencontre, dans la relation interpersonnelle. En cela, Rudhyar est très proche des philosophes français existentialistes (c’est d’ailleurs très intéressant pour le subconscient collectif, que Rudhyar ait coupé tous les liens avec son pays natal jusqu’en 1959). Très souvent, la femme et son statut sont impliqués dans les pensées de Rudhyar. La femme en tant qu’antipôle potentiel dans la relation. C’est spécialement chez les femmes qu’il voit que la semence pour un nouveau monde peut émerger de la catharsis, de la purification et de la destruction partielle du vieux monde à la fin du cycle. Rudhyar parle souvent de la notion de cycles et d’un nouvel ordre des choses.

Astrologiquement, notre relation est claire : le Soleil de Rudhyar au degré 3 du Bélier dans la Maison III est exactement conjoint à mon Jupiter conjoint Uranus, tous les deux sur le degré 3 du Bélier et dans ma Maison III (je suis née le 20 août 1927 à Flushing aux Pays Bas et j’ai l’Ascendant à 27° Sagittaire). Bien sûr cet esprit brillant devait trouver de nouveaux encouragements grâce à moi, qui pourrai lui permettre de republier à nouveau, alors qu’il était dans une sorte d’impasse dans les années 60. Lors de sa première visite aux Pays Bas, il est venu me voir à La Haye, le 9 novembre 1960. J’avais organisé pour lui une rencontre avec Wim Koppejan, mon mari, qui était alors le seul à avoir fait des liens entre le travail du Français Janduz et celui de l’Américain Marc Edmund Jones sur les degrés symboliques et bien entendu sur le travail de Rudhyar. Le jeune Niek Scheps (ndlt : astrologue hollandais) était là aussi, comme d'autres gens connus. Rudhyar m’écrivit plus tard : « J’aime beaucoup ce qui se passe à La Haye », puis ensuite quand il fut rentré en Amérique : « L’Europe me manque, particulièrement Paris et le peu de gens que j’ai rencontré autour de vous – et vous ! Mais bien sûr, vous êtes très européenne et moi je ne suis nulle part, je n’appartiens plus à aucun endroit, et ça me rend d’autant plus solitaire. » (lettre du 16 septembre 1960). En 1961 il est venu à Paris par bateau et il y a passé l’été.


L’été suivant, en 1962, il est revenu en bateau de New York, il a fait une lecture à Zeist, aux Pays Bas, il a rencontré Carolus Verhulst et il est revenu nous voir à La Haye. Puis il m’a demandé de rester en contact avec Servire et d’organiser un rendez-vous avez lui pour le printemps suivant. Je me suis débrouillée pour que l’Ecole Internationale « voor Wijsbegeerte » à Amersfoort soit intéressée. Et entretemps, Rudhyar est retourné en Californie en bateau et en train. Il avait presque 68 ans et se plaignait dans ses lettres du bruit, du froid, d’une fatigue constante, il disait qu’il avait des problèmes avec la lumière et son ophtalmologiste depuis qu’il avait des problèmes sérieux aux yeux.

En 1963, il a fait le voyage sur le s.s. « Maasdam » et il a débarqué à Rotterdam. Il s’est reposé une journée à La Haye et nous sommes allés ensemble à l’école d’Amersfoot, où des admirateurs l’attendaient déjà. Ce fut un week-end très intense. Le sujet en fut « L’émergence d’une société globale » et les trois lectures qu’il fit : « La transformation psychologique », « La situation Historique » et « La Planète comme « Champ » d’activités structurées interdépendantes et la Fonction de l’Homme en leur sein ». (Il m’écrivit plus tard le plaisir qu’il eut à recevoir 300 Florins pour son week-end !). Et maintenant, trente ans plus tard, tout ce qu’il a évoqué au cours de ce week-end est devenu concepts et mots courants. Mais en 1963, tout ça était complètement nouveau pour l’audience Hollandaise. Rudhyar a toujours été en avance sur son temps et il était bien entendu incompris.

Ce fut son dernier voyage en Hollande et autant que je sache, ce fut aussi le dernier en Europe.


À l’été 1963, il a épousé sa troisième femme, Tana. Ce qui initia, grâce à son aide, sa plus longue période d’écriture et de publication aux Etats Unis. Sa dernière période créative démarra quand il épousa Leyla Raël à l’âge de 79 ans, en 1976, qui l’assista jusqu’à la fin de sa vie dans ses publications.

Après la mort de mon mari en 1979, Rudhyar m’a poussée à publier notre travail commun sur les images des degrés symboliques en Anglais. Il n’a malheureusement pas vécu assez longtemps pour voir la publication du « Zodiac Image Handbook » ou de « Beeldgids » en 1990.


Qu’est-ce que Rudhyar a à nous dire en Europe au travers de tout cela, en tant qu’être humain ayant vécu entre deux continents, ce qui a du le faire voler en éclats ? Sommes-nous plus profonds que lui, ou reste-t-il encore aujourd’hui l’homme d’une nouvelle impulsion révolutionnaire ?

Quoiqu’il en soit, il fut un pionnier et un génie, il a eu un passé glorieux et il vaut toujours la peine aujourd’hui, d’être rencontré et entendu grâce aux cassettes qu’il a enregistrées et grâce à ses livres. Il peut toujours nous donner la semence d’une vision pour une humanité nouvelle.


« Rudhyar est un homme de vision profonde et pénétrante,

dont les écrits illuminent la vie. »

(Claude Bragdon)


                                                          


On peut lire la contribution d'Helene Koppejan-van Woelderen au Rudhyar Tribute en anglais à cette adresse :
http://www.astrologie.ws/rudh01.htm





12. Rudhyar Tribute : épilogue de Tees REITSMA

Astrologue hollandaise, maintenant décédée, qui fut à l’origine de la publication du Rudhyar Tribute. C’était son idée, c’est elle qui a pris contact avec tous les astrologues qui ont participé à cet hommage et qui les a réunis à l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance de Rudhyar en 1995.

Voici donc l’épilogue qu’elle a écrit et qu’on trouve à la toute fin du Rudhyar Tribute, juste avant un poème de Rudhyar « Odes à la Joie », que je vous traduirai ensuite :



La « potentialité infinie et sans bornes de l’existence, ainsi que la présence de l’UN » inhérents à chaque être humain se sont clairement manifestés en l’homme Dane Rudhyar, comme chacun des auteurs de cette publication l’ont mis différemment en lumière. La vision du mystique a pénétré toutes les manifestations de la matière, tandis que l’artiste continuait à se battre pour donner forme à cette vision afin qu’elle corresponde à l’image qu’il s’en faisait. Sa créativité immense, inspirée, sa vision lumineuse ont fait de lui un véritable « agent de la puissance divine qui vibre au cœur de la Terre et dans le cœur de chaque être humain ».

Dans la quête humaine d’ordre et de sens qu’est la vie, Rudhyar a montré comment nous pouvions transformer notre chaos en cosmos universel et comment actualiser notre potentiel de naissance au niveau le plus haut que nous puissions chacun atteindre. Son « Mandala astrologique » permet de comprendre que l’astrologie est un langage universel symbolique, si nous utilisons comme un Yi King contemporain les phases du cycle symbolique de transformation des 360°.

Son astrologie donne du sens à nos problèmes personnels et interpersonnels et répond à notre besoin de sécurité intérieure, en nous permettant de comprendre quelle est notre place et notre fonction dans l’ordre universel. Elle nous montre que tout dans la vie a du sens : la corrélation entre nos découvertes scientifiques dans le micro et dans le macrocosme, l’univers, l’humanité et chacun d’entre nous, la corrélation entre l’intérieur et l’extérieur, l’au-dessus et l’en-dessous, le tout contenu dans le même langage symbolique qu’est l’astrologie.

Rudhyar a aussi été un exemple pour nous tous d’une autre manière : il est resté une source indomptable d’inspiration malgré les problèmes qu’il a rencontrés tout au cours de sa vie et qui ont pris des formes et des chemins très différents. Astrologiquement parlant il n’est pas seulement allé au-delà des limites saturniennes qui sont le lot de la vie sur la planète Terre, il a en aussi compris la valeur, ce qui lui a permis de trouver le moyen de les traverser et donc d’instiller la profondeur du sens dans son œuvre afin qu’elle s’adresse à tous les humains.

L’œuvre de Rudhyar sera toujours comprise à une grande variété de niveaux, mais il en est de même pour la vérité universelle : elle doit s’appliquer à chacun des niveaux que nous parcourons, tandis que nous grandissons, ce qui fait qu’à chaque palier, nous comprenons cette œuvre différemment.

La vérité universelle est absolue – nous sommes ceux qui devons grandir en compréhension, en faisant l’expérience de la vie sur Terre, avec nos opposés et une certaine relativité dans un monde défini par l'espace-temps.



Que son œuvre inspire autant de personnes que possible à entrer
Dans la « PLÉNITUDE DE L’EXPÉRIENCE HUMAINE »


 

On peut lire ce texte en anglais sur le site astrologie.ws à cette adresse : http://www.astrologie.ws/rudh03.htm


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