Nous savons
que Saturne représente le "connu"que Rudhyar voit comme nos limites et
dont Krishnamurti dit qu'il faut se libérer.
Saturne
est la
structure de tout ce qui évolue dans l'espace-temps, de tous les
systèmes, de
toutes les théories élaborées par la pensée de l'homme, de
tous les dogmes et de tous les intégrismes. Même s'il représente la
base solide de tout corps
évoluant dans l'espace-temps, il est impliqué dans toutes formes
d'individualisme, d'égoïsme.
Saturne
est
l'histoire qui se répète sans cesse. Seul l'aspect extérieur change.
Nous
avons
l'impression que l'homme a changé mais au fond, il n'a pas tellement
évolué et croire
que la société s'améliorera dans un futur proche n'est qu'illusion.
Ceci
n'est
possible que si l'homme en prend conscience. Nous
avons pour habitude d'attribuer le domaine de l'illusion à Neptune.
Peut-être alors faisons nous cette erreur de ne pas l'attribuer à
Saturne. Ne pourrions nous pas considérer, selon le
point de vue
de Krishnamurti que Saturne est beaucoup plus trompeur puisqu'il
exprime toutes
nos certitudes, celles qui nous enferment dans des systèmes répétitifs.
Seul
celui qui
s'est libéré du passé, des acquis, du savoir, peut atteindre la totalité
neptunienne,
parce que celui-là a "fait exploser le centre", c'est à dire le couple Saturne-Lune qui
constituait une entité séparée.
Rudhyar
l'exprime
ainsi :
"Neptune
déploie
une action plus insaisissable et mystérieuse. Il consume, tel un acide
concentré les
fixations de l'égo. Appel incessant à l'infinitude de l'universel, c'est
l'amour
empressé, flot inépuisable de compassion, du vaste océan pour la goutte
d'eau qui ignore peut-être
elle-même qu'elle lui appartient...."
Alors, si nous
avons découvert ce véritable état neptunien où il n'y a plus de centre mais une infinité
de possibles. La vie se résumerait-elle à un retour cyclique vers le "tout" ? Krishnamurti
dit
en d'autres termes, non ! la vie a un sens et cette vision ouvre sur bien
plus que çà !
Nous vivons dans un
monde matérialiste. C'est un fait. La nature, la matière est en mouvement
selon un processus d'action-réaction dont la pensée fait partie.
C'est ce qui est
appelé l'esprit vitaliste constitué des énergies de Mercure, Vénus et Mars et dont la
forme est définie par Lune-Saturne. C'est ce que nous connaissons depuis des
milliers d'années.
Dans leur
dialogue intelligent, Krishnamurti et Bohm ont établi qu'au-delà de ce processus
matériel il y a la "vacuité" et que la vie réduite au processus
matériel n'a aucun intérêt ni
aucun sens et se demandent comment l'esprit peut
"dépasser ce domaine" à condition que la vacuité ne soit pas une fuite
devant les problèmes psychologiques
suscitée par la pensée. La vacuité réside-t-elle dans l'esprit lui-même,
l'esprit étant un 'tout (émotions, pensée, conscience, cerveau, ensemble du processus
matériel)".
Cette vacuité, en
dehors de l'esprit, ne contient "ni forme, ni structure, ni réaction, ni stabilité, ni
capacité. Dans cette vauité, il y a mouvement d'énergie intemporelle".
Nous sommes bien
dans le domaine de Neptune.
"Existe-t-il
alors un mouvement qui ne soit pas un mouvement, sans commencement ni fin, contrairement à
la pensée ? Soyons clairs, les cycles que nous utilisons en astrologie ont un
commencement et une fin, à chaque nouvelle lune symbolique pour tous les mouvements
planétaires et chaque nouveau cycle est porteur de l'énergie de l'ancien
cycle, ce qui rend nos histoires personnelles et
collectives répétitives, même si elles prennent des formes différentes
nous donnant l'impression qu'elles ont changé.
Pour
Krishnamurti, ce mouvement qui n'en est pas un est "actif et
non statique", porteur d'une "énergie prodigieuse", un "mouvement issu
de l'immobilité". La création n'a rien à voir avec ce que font les
poètes, peintre, etc, qui ne font qu'exprimer une aptitude particulière
issue du savoir. La création dont il est question ici ne "s'exprime pas
par une forme".
Quelle peut être peut
être l'incidence de tout cela sur la vie quotidienne ? "Dans la mesure où
l'esprit est silencieux, la pensée est ordonnée. Quel rapport
entre l'esprit et
l'univers ? L'esprit "est absolu, sans limitations, sans dépendances,
sans relations, c'est
un mouvement éternellement nouveau" La conséquence de
celà ? "l'univers est en ordre, destructeur ou constructif, c'est
toujours de l'ordre".
Neptune nous paraît alors bien amplement suffisant
pour notre système d'interprétations et recherches astrologiques
lorsqu'on constate à quel point nos systèmes saturniens nous posent
problème.
Il paraît clair
que nous ne pourrons connaître le véritable état neptunien que lorsque nous aurons fait
éclater Saturne et que nous nous serons libérés de "tous notre savoir
psychologique"
Dès lors que Pluton a été déclassé du statut de planète, ce qui est
loin d'être illogique, nous
pousse à nous demander si cela ne va pas causer une profonde perturbation
parmi les astrologues. En effet, Neptune prend tout à coup une très grande importance
et nous nous rendons vraiment compte de toute la difficulté à l'intégrer.
Ceci implique toute notre responsabilité et il serait peut-être trop
facile de faire porter
le chapeau à Pluton.
Pendant
que nous nous occupons de Pluton, nous ignorons Neptune. Nous
avons cette
impression qu'on a trop tendance à projeter sur Pluton tous nos
travers et à le rendre responsable de toutes les catastrophes
mondiales, un peu comme si nous étions impuissants
devant sa force. Avant Rudhyar, il y avait Saturne, qui faisait peur à
tout le monde, le symbole de mort etc. Puis est venu
Pluton, agissant sur le plan collectif.
C'est
quand même étonnant que Neptune évoque la plupart du temps
l'illusion, le rêve etc, alors qu'on devrait se concentrer sur son
symbole d'unité, d'infini, de totalité, de toutes
les complémentarités.
Adèle
a raison de dire que Pluton est le "passeur" vers d'autres
totalités, d'autres expériences qu'on ne peut même pas imaginer tant
elles sont infinies et dont les systèmes solaires et les
galaxies en sont les symboles. (toutes ces formes de galaxies
d'une grande variété qui sont découvertes sans cesse en sont
la preuve).
Pluton
ne semble rien à voir dans
ce que vit l'humanité.
Alors,
le livre de Rudhyar qui est peut-être le plus important est
celui des "complexes psychologiques" puisqu'il est parvenu à les
définir, (les complexes), à travers les couples
planétaires, étayant ainsi une base de travail solide pour aller sur le
chemin de Neptune. Krishnamurti insiste toujours sur la nécéssité de
se libérer du connu symbolisé par notre identité saturne-Lune, cercle
fermé de nos connaissances. L'éveil de
l'intelligence, comme il dit se fait probablement par Uranus qui permet
de dépasser tous nos complexes, de
les intégrer de les identifier etc. Puis la route se termine
(momentanément en tous cas) en Neptune qui les
unit, qui dissout toutes les tensions et même le centre puisqu'il n'y a
plus de centres.
Si
on enlève Pluton, notre responsabilité
est encore plus forte et ceci provoque forcément des peurs parce qu'on
ne peut plus accuser une force extérieure qui serait en
quelque sorte responsable de nos malheurs personnels et collectifs.
L'humanité a toujours fonctionné comme çà, à
chercher un responsable, un bouc émissaire.
Et
même si on prétend le contraire, on est peut-être inconsciemment lié
à ce concept et on le perpétue.
Pluton a été découvert en 30, période de la découverte de la force
atomique. Beaucoup de choses ont été écrites là-dessus. Et l'on peut se
demander justement si l'homme, en se
faisant une telle peur devant la puissance destructrice qu'il
possédait, n'avait pas attribué çà à Pluton (du
moins les astrologues), une façon de ne pas se sentir
concerné.
Il est sûrement
plus facile d'aller ergoter sur les mystères de Pluton
que d'essayer de comprendre nos blocages saturniens.
Notons que
cette réflexion s'est produite à la lecture du livre "Le temps aboli"
aux éditions du
rocher, et surtout....pendant la période de l'opposition de Saturne et
Neptune.